Kill Bill

de Quentin Tarantino, ****

Imaginez une seconde que Akira Kurosawa et Sergio Leone se soient donné rendez-vous pour faire un polar américain.

C’est un résumé sommaire, mais pas totalement dénué de fondement, de ce double film de Tarantino — qui, quoiqu’étant l’un des réalisateurs les plus complètement givrés que je connaisse, n’en est pas moins un excellent raconteur d’histoires.

Le point de départ est simple : quatre ans après avoir été assassinée par ses anciens camarades du Détachement international des vipères assassines, avec son fiancé, sa belle-famille, le prêtre qui officiait et le pianiste qui jouait, la Mariée sort enfin du coma et décide de se venger — et de venger le bébé qu’elle portait par la même occasion. Elle définit cinq cibles, quatre anciens collègues et leur chef, Bill, celui qui lui porta le dernier coup. Vernita Green la spécialiste du couteau, O-Ren Ishii et ses quatre-vingt-huit gardes, Budd et son fusil, Elle Driver la sabreuse borgne, et Bill.

Simple donc, pas vraiment subtil, et c’est là que la magie opère. Tarantino profite de l’occasion pour crier son amour du cinéma sous toutes ses formes, changeant de style avec brio pour rendre hommage tour à tour au film noir américain, au polar d’action à la Bruce Willis, au film de sabre initiatique (avec la participation de Yuen Woo-Ping, le régleur de Tigre et dragon), au western et à son double italien (avec quelques plans typiques de Sergio Leone et une vraie musique d’Ennio Morricone dessus), au road-movie, au film de gangs des années cinquante et même au dessin animé dans le style Akira, dans une stupéfiante scène racontant la jeunesse de O-Ren Ishii.

Le tout est composé avec soin, avec amour même, pour ses acteurs, pour son histoire et pour le cinéma en général. Pas toujours de très bon goût, alternant scènes de violences ultra-réalistes et plans où le sang gicle avec une telle frénésie que ça en devient artistique, toujours hautement réjouissant.

Bref, un vrai bonheur.