Any which way…

de James Fargo et Buddy van Horn, ***

Il y a quelque temps, je vous avais parlé des films à baffes de Bud Spencer et Terence Hill. J’avais évoqué, juste en passant, les conséquences tragiques de l’invention de ce genre de films avec les autres trucs à baffes (L’agence tous risques, les films de Jackie Chan, …) qui apparurent dans la foulée (et je vous faisais grâce du coup de boule de Les compères).

Là, je viens de revoir deux petits bijoux : les films à baffes de Clint Eastwood. En 78, papy Clint, qui se fait vertement critiquer suite aux aventures légèrement violentes de l’inspecteur Harry («Je sais ce que tu penses : « C’est six fois qu’il a tiré ou c’est cinq seulement ? ». Si tu veux savoir, dans tout ce bordel j’ai pas très bien compté non plus. Mais c’est un .44 Magnum, le plus puissant soufflant qu’il y ait au monde, un calibre à vous arracher toute la cervelle. Tu dois te poser qu’une question : « Est-ce que je tente ma chance ? »» C’est beau, non ? On dirait du Nietzsche.), papy Clint, donc, décide de profiter de l’occasion de faire une vraie comédie d’aventures : ce sera Doux, dur et dingue, de James Fargo. Succès public assez remarqué, ce film mémorable sera suivi deux ans plus tard par Ça va cogner.

On se demande bien d’où vient ce succès. Imaginez Clint en sorte de cow-boy crado des temps modernes, roulant dans un vieux GMC pourri jusqu’à l’os, gagnant sa vie en co-gérant une casse automobile avec son pote râleur et, surtout, en faisant des combats de boxe clandestins. Ajoutez à ça qu’il vit avec un orang-outang alcoolique et lunatique et vous aurez les ingrédients d’un gros truc bourré de gags légèrement lourds.

Donc, Clint joue Philo. Philo vit chez Ma, la mère acariâtre d’Orville, casse des bagnoles et la tête de bonshommes pour gagner sa vie, tranquille. Jusqu’au jour où, dans un bistrot, il tombe sur Lynn, une chanteuse de country, qu’il drague avec toute la légèreté d’un croiseur en manœuvres ; bizarrement, ça marche.

Mais quelques jours plus tard, Lynn disparaît avec le fric qu’il lui a prêté. Philo embarque Clyde, son orang-outang, dans son pick-up, et se fait squatter par Orville — qui saute sur le prétexte de laisser Ma. Ensemble, ils partent vers Los Angeles où, paraît-il, serait partie Lynn.

En route, ils croiseront plein de méchants, dont la bande des Veuves noires, des motards mal embouchés d’une crétinerie sans nom (vous voyez Kerradoc et Perceval dans Kaamelott ?) qui seront les méchants récurrents des deux films, enverront plein de fusils et de flingues au fond de lacs et finiront plein de discussions à la mandale. Bref, du bonheur en barre.

Ça va cogner est un peu différent en ceci que la route n’est plus l’un des éléments principaux. On quitte le road-movie, donc, pour passer à quelque chose d’un peu plus classique : des méchants pleins de fric ne trouvent plus personne pour les combats clandestins de leur poulain, qui a fâcheuse tendance à envoyer ses adversaires à l’hôpital si ce n’est ad patres. Entendant parler des activités de boxeur de Philo, devenu célèbre sur la côte Ouest, ils enlèvent Lynn pour le forcer à accepter le combat.

De tout le pays (on parle des États-Unis, c’est pas rien), des richards et des paumés affluent pour miser leurs dollars et se faire des sensations, y compris une bande de motards qu’on a déjà vue. Mais évidemment, rien n’est simple et ce n’est qu’après une belle série de bastons diverses qu’on arrivera peut-être au combat tant attendu.

Comme pour les films de Spencer, Hill et Chan, rien ici ne révolutionnera l’histoire du cinéma. D’ailleurs, aucun de ces films n’est mentionné sur la fiche de Clint sur Allocine. Mais comme chez les inventeurs du genre, on se réjouit de gags à deux balles, de chorégraphies sophistiquées (c’est compliqué de mettre une baffe, mine de rien), de dialogues nuls et de la présence toujours distrayante d’un orang-outang — par moments, d’ailleurs, le quadrumane vole franchement la vedette aux bipèdes qui l’entourent.

Les esprits les plus exigeants en termes de philosophie pourront même, au passage, apprécier dans Ça va cogner une magnifique scène qui nous rappelle que, au fond, nous ne sommes pas si éloignés de nos cousins de Bornéo.

Doux, dur et dingue (Any which way but loose), road-movie à baffes

Ça va cogner (Any which way you can), film de boxe à baffes O_o