Alerte à Malibu
|de Seth Gordon, 2017, **
C’est l’histoire de Bogosse, et Bogosse, il est trop cool. D’abord, il est champion de natation, ensuite, il a une grosse moto, enfin, il a une coupe de surfeur. Condamné à une peine d’intérêt général, il est envoyé chez Badass et ses Badassettes, les surveillants de baignade, qui eux aussi sont trop cool : Badass, il a plein de muscles, il nage avec une combi moulante et il fait du jet-ski ; les Badassettes, elles ont plein de jambes, elles courent au ralenti avec des maillots moulants et elles ont des bouées en forme de ballon de football américain.

Et comme chaque année, Badass organise des sélections pour devenir surveillant de baignade. Boulet, qui n’est bon à rien, s’y présente parce qu’il est amoureux d’une badassette ; évidemment, Badass le prend parce qu’il a une bite énorme qui passe pas dans les transat, pardon, parce qu’il a de la volonté le petit. Quant à Bogosse, il est trop cool pour s’abaisser à passer les sélections, alors il fait un tour sur sa moto pour montrer tellement qu’il est beau avec sa coupe de surfeur. Et là…
Et là, Bogosse arrive juste à bousiller une bécane et à ridiculiser tout le monde.
Vlan.
C’est le moment où on se rappelle que Seth Gordon, s’il ne fait pas toujours dans l’élégance, sait garder un second niveau de lecture pour remettre en perspective ses propres parodies. Du coup, après un quart d’heure où Bogosse est aussi énervant que Coucourge, Seth le retourne comme une crêpe pour le renvoyer à la réalité : c’est un putain de petit snobinard dix fois pire que Boulet. Bon, on n’ira pas jusqu’à remettre en question le statut de dieu vivant de Badass, rôle aussi finement écrit que celui du même acteur dans San Andreas ; cependant, à l’heure du bilan, les scénaristes et le réalisateur auront beaucoup joué avec les clichés et désamorcé les réflexes scénaristiques du genre : sachons-leur en gré.

Bon, bien entendu, ils ne vont pas jusqu’à faire de Alerte à Malibu un film totalement original, et la trame globale est aussi convenue que les prestations des acteurs — culminant avec l’inévitable moment où Boulet se tape la badassette de ses rêves.
Mais le film reprend suffisamment le matériau d’origine (une série pourrie des années 90), prend suffisamment de recul pour s’en moquer, est suffisamment ridicule et assume suffisamment son ridicule, pour finalement faire passer un bon moment à ceux qui ont survécu aux séries pourries des années 90. Ça joue exclusivement sur l’effet madeleine, mais c’est finalement une bonne succession à Point break — extrême limite, à Alerte à Malibu , à Sauvés par le gong et autres trucs californiens de l’époque.