The end of the f***ing world

de Jonathan Entwistle, 2017, ****

Imaginez que, au lieu d’être éle­vé par Harry, Dexter ait été le fils d’un Anglais moyen, veuf, bedon­nant et un peu bla­sé. Qu’aurait-il fait à l’adolescence, une fois las des ani­maux, au lieu d’aller chas­ser des tueurs en série ? Grâce à The end of the f***ing world, on le sait désor­mais : il aurait fait sem­blant de s’intéresser à la fille suf­fi­sam­ment anti-conven­tion­nelle pour s’intéresser à lui.

Dans ma kill list : Écureuil : check. Lapin : check. Chien : check. Chat : check. Humain : pro­jet en cours. — pho­to Netflix

Imaginez que, au lieu de ren­con­trer Frank, Roxy soit sem­pi­ter­nel­le­ment entou­rée des mêmes gamins super­fi­ciels de son lycée. Qu’aurait-elle fait pour échap­per aux dis­cus­sions sur la der­nière star­lette ou la pro­chaine mode ? Grâce à The end of the f***ing world, on le sait désor­mais : elle aurait cher­ché à se rap­pro­cher du seul mec suf­fi­sam­ment soli­taire et insen­sible pour n’avoir rien à faire de ces conne­ries et lui offrir une conver­sa­tion dif­fé­rente.

Le seul truc plus chiant que les com­mé­rages de la récré : les récep­tions de ma mère. — pho­to Netflix

Voici donc une petite série noire bri­tan­nique — ou est-ce un long film décou­pé en cha­pitres ? — que l’on pei­ne­ra à clas­ser, entre thril­ler psy­cho­lo­gique lorsque le nar­ra­teur explique pour­quoi il se consi­dère comme un psy­cho­pathe, bluette cynique lorsque la nar­ra­trice explique pour­quoi elle le consi­dère comme le seul truc vague­ment inté­res­sant du lycée, road-movie effré­né, polar, comé­die de mœurs, por­trait social…

Gai et triste, enle­vé et poé­tique, tra­gique et comique, The end of the f***ing world ne se contente pas d’être inclas­sable : il détourne soi­gneu­se­ment les codes de chaque genre auquel il s’attaque, garan­tis­sant des rebon­dis­se­ments effi­caces mal­gré une trame géné­rale déjà vue çà et là — chez Thelma et Louise, Bonnie and Clyde, enfin, vous voyez l’idée.

Donc, vous, vous n’avez pas pen­sé à signa­ler la dis­pa­ri­tion de votre fille il y a trois jours ; vous, le vol de votre voi­ture et la dis­pa­ri­tion de votre fils. Et je dois expli­quer ça à la sta­tion-ser­vice qui s’est fait bra­quer. Y’a jours dans la vie d’une fli­quette qui s’annoncent plus longs que d’autres… — pho­to Netflix

Rien de pré­ten­tieux dans cette affaire, mais un ensemble bien construit, équi­li­bré, inclas­sable, bien por­té par des dia­logues soi­gnés et un agréable duo d’acteurs, qui tape en pas­sant sur deux-trois trucs de notre socié­té sans jamais s’ériger en don­neur de leçons. Bref, c’est frais, léger, tou­chant quand c’est cen­sé l’être, sou­vent drôle mais plu­tôt grin­çant ; c’est une petite gour­man­dise dont il serait dom­mage de se pri­ver.

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