Punky Brewster (saison 5)
de David W. Duclon, 2021, ***
Dans l’article précédent, juste là, je disais que la production de Punky Brewster avait été arrêtée après quatre saisons.
Là, vous voyez le titre de cet article et vous vous demandez ce que j’ai picolé.

C’est pourtant vrai : la série s’est arrêtée en 1988… mais elle est revenue en 2021. Et contrairement à beaucoup de séries réapparues sous une forme ou une autre quand les enfants des années 80 sont devenus producteurs (avec des résultats parfois douloureux et quelques bonnes surprises1), il ne s’agit pas d’un remake, mais d’une suite, d’ailleurs créée par le même David W. Duclon que la première. Pour l’anecdote, il avait donc 33 ans quand il a lancé la version originale et 70 ans quand il a créé la suite.
Donc, on prend (presque) les mêmes et on recommence. Punky a la quarantaine, une fille de quinze ans, deux fils adoptés, un golden retriever, et ils s’entassent à cinq dans l’appartement que leur a légué Henry (George Gaynes est mort en 2016 et, manifestement, le personnage avec lui). Cherie travaille à l’orphelinat de Fenster Hall. Elle doit placer Izzy, gamine abandonnée de sept ans qui cherche toujours à s’évader et qui multiplie les répliques cinglantes. Venue photographier les pensionnaires, Punky se revoit dans Izzy et propose de l’héberger en attendant que sa situation se clarifie.

Voilà, on vient de passer vingt-cinq minutes et déjà, plusieurs choses méritent d’être notées.
D’abord, la quasi évacuation des sujets difficiles. Izzy a le même parcours que Punky, sauf qu’elle est vraiment seule (Punky avait Brandon, le golden retriever) ; mais on ne la verra pas attendre désespérément le retour de sa mère, on ne la verra pas chercher un abri pour la nuit, on ne la verra pas frissonner dans une ville gelée. La tonalité est toujours comique et légère, reposant beaucoup sur les clins d’œil à la série originale, et les dialogues sont souvent piquants mais jamais acerbes.
Ensuite, le format. On re-présente Punky et Cherie, leurs nouvelles situations, les trois enfants, l’ex-mari, la nouvelle héroïne, le tout en moins de vingt-cinq minutes. Si j’étais méchant, je dirais qu’on a même saucissonné le générique (désormais réduit à 10 secondes et une demi-phrase, « every time I turn around » et c’est tout, il manque une proposition principale) pour tout faire tenir dans le timing.
En 1984, Punky Brewster s’était fait remarquer avec une ouverture sur un triple épisode, alors qu’elle n’avait que 2,5 personnages (Brandon n’était pas négligeable) à mettre en place. Ça lui avait permis de détailler plein de choses et de soigner l’installation. Cette reprise présente deux fois plus de trucs en trois fois moins de temps et, conséquemment, survole beaucoup de sujets – à commencer par le placement : Henry s’était battu avec assistante sociale et juge pour obtenir une garde temporaire de Punky ; Punky obtient celle d’Izzy d’un claquement de doigts.

Et en fait, ça sera constant tout au fil de cette reprise. Tous les épisodes sont parfaitement calibrés, l’ambiance est systématiquement légère et la bonne humeur prévaut même quand il y a de petites tensions. La prise de vue et la réalisation sont aussi totalement maîtrisées, le rythme est bien mené et les répliques fusent sans temps mort. Or, ce sont justement les temps morts qui permettaient à la série originale de creuser certains sujets, et cela manque parfois cruellement à la nouvelle. Il faut, en fait, attendre le dixième et dernier épisode pour enfin avoir un passage plus profond et émouvant.
Heureusement, les acteurs sont bons, la direction bien meilleure et plus constante qu’il y a quarante ans, et gags et dialogues restent extrêmement réussis. Les sujets survolés sont nombreux et modernes, des relations dans une fratrie aux changements de société entre les années 1980 et 2020. Et si Izzy (les autres enfants aussi, dans une moindre mesure) offre souvent des répliques et un vocabulaire largement trop avancés pour son âge, c’est à la fois un renvoi à la jeunesse de Punky et un choix assumé : son « adultitude » précoce est source de blagues et de réflexions régulières. Un phénomène qu’on retrouve d’ailleurs avec Hannah, la fille aînée, qui dit régulièrement qu’elle élève ses deux frères ou qu’elle est l’adulte de la famille.

C’est donc une excellente comédie familiale, gaie et entraînante, bien implantée dans l’air du temps, avec un fan service parfois un peu trop appuyé mais tout ce qu’il faut pour se regarder avec plaisir. Mais elle ne cherche pas à dépasser ce statut et, par rapport à l’originale, elle manque souvent de profondeur pour réellement emporter l’adhésion.