Barry
d’Alec Berg et Bill Hader, 2018–2023, **** (saisons 1–2) / *** (3) / * (4)
Les États-Unis ont un problème. Depuis très longtemps, ils savent récupérer des jeunes à la sortie du lycée, leur apprendre à tuer et les utiliser avec une remarquable efficacité. Et depuis tout aussi longtemps, ils ont des cohortes d’à peine moins jeunes qui, tout juste démobilisés, se retrouvent dans la vie civile sans transition ni compétences, avec leurs traumatismes pas digérés et leurs instincts mal maîtrisés.
À son retour d’Afghanistan, Barry s’en est bien sorti : grâce à un ami de son père, il a trouvé un métier lucratif qui correspond parfaitement à ses capacités. Il est tueur à gages. Mais, alors qu’il suit une cible à Los Angeles, il se retrouve dans un cours de théâtre. Et là, soudain, il a l’impression d’avoir raté quelque chose, de pouvoir trouver un but, de rencontrer une société où il aurait une place, et il se met en tête de devenir acteur. Mais apprendre à jouer, c’est presque aussi difficile que remettre sa démission aux gens qui embauchent des tueurs à gages…

Okay, c’est chelou. Mais ça marche étonnamment bien.
Le choix de la comédie dramatique bourrée d’humour noir permet de réconcilier les deux facettes de Barry, ainsi que des nombreux autres personnages ambigus – personne n’est tout noir ni tout blanc dans cette histoire. L’absurde de la situation, les liens improbables entre mafias tchétchène, bolivienne et birmane, les piques sur le petit monde d’Hollywood et ceux qui feraient tout pour le rejoindre, les jeux de massacre réguliers, les relations amoureuses déficientes, tout oscille constamment entre le Vaudeville et le film noir en passant par les Monty Python, la comédie romantique et le film de guerre implacable. On pousse même jusqu’au slasher surréaliste dans un épisode de la deuxième saison : une cible, maître en arts martiaux, donne énormément de fil à retorde à Barry, et quand il pense enfin avoir accompli sa mission, il tombe sur la fillette de la victime — encore plus violente et redoutable que son père.
Tout cela est un énorme bordel, mais très bien mené, avec des dialogues vachards ou tendres, des personnages variés qui ont chacun sa propre histoire, des rebondissements réellement inattendus, et plein de bonne humeur – sans pour autant éviter de traiter sérieusement des sujets sérieux, comme le syndrome de stress post-traumatique et les violences familiales.

Tout bon ? Non, hélas. On ne peut pas ne pas parler de la quatrième saison.
Le bon point, c’est que les auteurs ne se contentent pas de dérouler indéfiniment leur trame : ils préfèrent réellement boucler la série, et pour cela la réinventer totalement. Le mauvais point, c’est qu’ils se perdent dans leurs propres notes de bas de page, avec un scénario décousu incompréhensible, des personnages incohérents, et une pile de références bibliques lourdingues. Non seulement on ne rit quasiment plus, ce qui est compréhensible vu qu’il faut bien boucler toutes les intrigues, mais le scénario est parasité par des métaphores et des flashes-back maladroits qui n’apportent rien.
C’est dommage, parce que du coup, c’est le goût du gâteau raté qui reste dans la bouche, alors qu’on venait de faire un très bon repas.