Avatar : de feu et de cendres

de James Cameron, 2025, *

Vous connais­sez Avatar ? C’était un des tout meilleurs films de James Cameron. Vous connais­sez Avatar : la voie de l’eau ? C’était peut-être son pire film (fau­dra vrai­ment que je voie Piranha 2 un jour pour être sûr).

Voilà que sort un troi­sième opus, Avatar : de feu et de cendres. Si vous êtes comme moi, vous avez peut-être enten­du que celui-ci était vache­ment plus mieux que le deuxième, qu’il était plus inno­vant, qu’il abor­dait de nou­veaux sujets, qu’il avait de nou­veaux per­son­nages, tout ça. Et vous vous lais­sez aller à votre curiosité.

Et en sor­tant, non, en fait, avant même de sor­tir, vous faites la liste de ce que vous auriez pu faire avec ces 10,40 € (parce qu’on se bouffe 3,50 € de majo­ra­tion à cause de la 3D, vu que le CGR d’Angoulême n’a pas jugé utile de vous lais­ser le choix de le voir en VO sans sté­réo­sco­pie), et ça ne vous met pas exac­te­ment de bonne humeur. Parce qu’à part un paquet de clopes, qua­si­ment tout ce qu’on peut ache­ter avec 10,40 € semble un meilleur investissement.

Les méchants sur leurs dragons à plumes, à contre-jour
Notez que les méchants pilotent des oiseaux, alors que les gen­tils pilo­taient des chauves-sou­ris dans les épi­sodes pré­cé­dents. — image Dylan Cole pour 20th Century Studios

Commençons par le bon point géné­ral : oui, c’est mieux que le deuxième. Beaucoup mieux. Oui, y’a un nou­veau per­son­nage (accom­pa­gnée de nom­breux nou­veaux Jean-Jacques qui servent juste à rem­plir l’é­cran) qui enri­chit un peu l’u­ni­vers de Pandora, avec cette petite révo­lu­tion : les Na’vis, en fait, ils sont pas tous gen­tils. Y’a donc des Hurons dans ce pays de Cheyennes (ouais par­fois faut arrê­ter la méta­phore et reve­nir au vrai sujet : toute cette his­toire est cal­quée sur l’in­va­sion de l’Amérique du Nord).

Ajoutons un bon point plus spé­ci­fique, qui ne par­le­ra qu’à quelques tatillons dans mon genre (d’ailleurs même Odieux Connard ne l’a pas rele­vé) : c’est la pre­mière fois que je vois clai­re­ment mon­trée la dif­fé­rence entre incen­diaire et pyro­mane. La cheffe des nou­veaux venus est en effet fas­ci­née par le feu. Elle trouve celui-ci beau­coup plus puis­sant que la déesse-mère qui répond quand elle en a envie (cher­chez pas le rap­port), et elle rêve donc de tout voir cra­mer. Et évi­dem­ment, elle s’al­lie au colo­nel Grosméchant, tou­jours res­sus­ci­té et tou­jours très méchant.

Et il y a une scène où ils foutent le feu avec un lance-flammes XXL mon­té sur un héli­co pour faire pres­sion sur les gen­tils. Et les gen­tils obéissent. Et là, on voit la vague décep­tion dans l’œil de la pyro­mane qui venait de se faire le kif de la jour­née et rêvait que ça conti­nue quelle que soit l’is­sue de la mis­sion, ain­si que la satis­fac­tion dans celui de l’in­cen­diaire qui obtient ce qu’il vou­lait pour réus­sir sa mis­sion et n’a rien à faire que des trucs brûlent ou pas.

Voilà, on a vu les bons points, on peut pas­ser au reste.

Les enfants perdus dans la forêt
Faut pas faire de bruit, les méchants nous guettent, ça serait con que le petit singe asth­ma­tique ait une panne de masque là main­te­nant… — image 20th Century Studios

Le reste, c’est : des enfants à peine moins éner­vants que dans le film pré­cé­dent, qui se mettent sys­té­ma­ti­que­ment dans des situa­tions inte­nables et sont tout aus­si sys­té­ma­ti­que­ment sau­vés par un deus ex machi­na, enfin, par des dei ex natu­ra pour être pré­cis (il y a bien un deus ex machi­na, mais c’est pour sau­ver le héros). C’est aus­si une lita­nie de rebon­dis­se­ments incom­pré­hen­sibles et illo­giques (d’ailleurs, y’a­vait au moins deux moyens cohé­rents de sau­ver le héros sans ce fameux deux ex machi­na). C’est en outre un récit com­plè­te­ment décou­su, avec des plans qui tombent là tu sais pas pour­quoi (men­tion spé­ciale à la fuite de la base humaine, qui passe de « on a mille enne­mis au cul on va tous cre­ver » à « I’m a poor lone­some cow-boy » sans aucune expli­ca­tion, et au kami­kaze de la pre­mière scène de bas­ton qui est juste là pour mon­trer que la méchante est très méchante, voyez, elle uti­lise les mêmes armes que ces salauds de Japs, ou alors Cameron a juste vu cette scène dans The dark knight rises et dans Furiosa et s’est dit qu’il lui fal­lait la même, sauf que Nolan et Miller en avaient l’u­ti­li­té pour la suite du film alors que là ça res­ser­vi­ra jamais).

Mais c’est pas tout. On a aus­si des dia­logues et des per­son­nages. Ça nous vaut un finale qui se prend pour celui de Half Life avec des dia­logues pom­peux en prime, et qui s’offre le luxe d’être à la fois plus long et plus imbi­table que celui de Dr Strange. On se mange aus­si des répliques gnan­gnan d’un bout à l’autre, dès qu’il est ques­tion de famille. Et sur­tout, les gens changent de carac­tère parce que ça arrange la suite du scé­na­rio ou parce que Cameron en a marre qu’on lui dise qu’il fait du mani­chéisme débile. (Mention par­ti­cu­lière au méchant très très méchant qui a l’air de deve­nir pote avec le héros dès qu’il est ques­tion du petit singe blanc, tout en pre­nant soin de répé­ter à chaque fois qu’ils vont jamais être potes, avant de rede­ve­nir méchant très très méchant au plan sui­vant.) (Re-men­tion spé­ciale aux espèces de lévia­thans paci­fistes qui savent qu’ils se font mas­sa­crer mais c’est mal de tuer donc ten­dons l’autre joue comme disait Gandhi, mais qui d’un coup, parce qu’un paria a rame­né une bles­sée qui dit ce qu’ils savaient déjà, se trans­forment en armée jus­qu’au-bou­tiste à faire pâlir l’Alamo de John Wayne.)

Et à pro­pos de tendre l’autre joue, un truc auquel je m’at­ten­dais pas de la part de Cameron : de la méta­phore judéo-chré­tienne à la pelle. On a une nais­sance mira­cu­leuse, une figure chris­tique qui finit avec deux col­lègues lors­qu’elle se sacri­fie pour sau­ver tout le monde, du père prêt à sacri­fier son fils parce qu’il a eu une vision de l’a­ve­nir, etc. C’est fran­che­ment relou, sur­tout de la part d’un réa­li­sa­teur-scé­na­riste qui avait plu­tôt l’ha­bi­tude de foutre la paix à nos mécréances.

Les dirigeables des marchands à contre-jour avec trois planètes visibles dans le ciel
Oh, des diri­geables bio­lo­giques, je me demande com­ment ça va finir… (Pas du tout rémi­nis­cent d’un très bon Thorgal ou d’Aldébaran, tiens.) — image Dylan Cole pour 20th Century Studios

Enfin, on a même des absur­di­tés tech­niques, autre truc très inha­bi­tuel chez Cameron (qui est au contraire plu­tôt du genre à jouer l’in­gé­nieur jus­qu’au bout). En par­ti­cu­lier, abso­lu­ment tout ce qui se touche explose. Une tête de roquette qui atteint sa cible, boum, okay, c’est logique. Mais deux héli­co­ptères qui se per­cutent ? Boum aus­si. La pointe avant d’un véhi­cule qui s’en­fonce au centre d’un autre, là où se trouve la soute ? Boum bien sûr. Un vais­seau qui se prend un caillou sur la tête ? Boum encore. Apparemment, il y a de l’es­sence ou du kéro­sène abso­lu­ment par­tout dans tous les véhi­cules humains, y com­pris dans les caré­nages de rotors (typi­que­ment le truc allé­gé au maxi­mum où on n’a donc qu’un pro­fi­lé d’a­lu­mi­nium ou de plas­tique vide) et les cock­pits. On n’a­vait pas eu de prix du « Michael Bay pour­ri de l’an­née » depuis deux ans, mais on n’est que le 5 jan­vier et je peux vous pro­mettre qu’il y en aura un dans le bilan 2026 (et je suis prêt à parier sur le titre, parce que là, James a pris une méga-option).

Le tout s’é­tale sur 3 h 15, pour un scé­na­rio qui vu le nombre de sujets abor­dés et la pro­fon­deur de trai­te­ment aurait dû tenir à l’aise en deux heures. Je dis pas qu’on s’en­nuie, je dis que tant qu’à décou­vrir un Cameron que j’a­vais pas encore vu, j’au­rais dû com­man­der Piranha 2 : au pire, j’au­rais eu la satis­fac­tion que ça se ter­mine au bout de 1 h 34.