Avatar (édition spéciale)

œuvre magis­trale (je main­tiens !) de James Cameron, 2010

Alors voi­là, neuf mois plus tard, James res­sort Avatar. Avec huit minutes de plus au total, quelques scènes virées aus­si, et uni­que­ment en sté­réo­sco­pie (IMAX dans cer­taines salles, CinemaScope dans mon cas).

Tout l’enjeu est là : une fois digé­rée la claque gra­phique, est-ce que la fai­blesse du scé­na­rio rend l’œuvre insup­por­table ?

Et la réponse, brute et brève : non.

Le scé­na­rio, je l’avais déjà noté comme n’étant pas l’histoire la plus ori­gi­nale de la décen­nie :

Avatar, c’est la guerre du Golfe, le Mensonges d’État de Sir Ridley, Bételgeuse et Antarès de Léo, Nausicaä de la val­lée du vent de Hayao, et sur­tout très pro­fon­dé­ment le Danse avec les loups de Kevin.

Cependant, repro­cher cela à Avatar, c’est lui repro­cher de ne pas être Fight club, Memento ou American beau­ty. Et Cameron n’a jamais eu la pré­ten­tion d’être Fincher, Nolan ou Mendes. La carac­té­ris­tique pre­mière des films de Cameron (Aliens, Terminator, Abyss, True lies par exemple), c’est la dis­trac­tion. Cameron a tou­jours été un homme de spec­tacle et ses films ont tou­jours été conçus pour appor­ter le maxi­mum de dis­trac­tion plu­tôt que le maxi­mum de maux de crâne.  Un film qu’il faut voir trois fois pour le com­prendre, ça n’est pas un Cameron. Et Avatar est donc logi­que­ment conçu pour être inté­gré du pre­mier coup.

Pris cor­rec­te­ment, le scé­na­rio d’Avatar n’est donc pas si con que ça. Il intègre certes des élé­ments bien lour­dingues (genre le mili­taire), il peut éga­le­ment être accu­sé de naï­ve­té par la manière dont le mes­sage éco­lo est ame­né, mais il intègre quelques élé­ments plus pro­fonds, comme les pos­si­bi­li­tés d’échanges paci­fiques (la scène de l’école, ajou­tée dans l’édition spé­ciale, est à cet égard édi­fiante) et la façon dont ceux-ci peuvent être fou­tus en l’air par des conne­ries, le doute de la réa­li­té qui peut s’emparer des « mar­cheurs de rêves » (por­té depuis à un tout autre niveau dans Inception, bien sûr), l’avidité des mul­ti­na­tio­nales… Certes, il eût pu être plus poin­tu, mais il aurait alors per­du une part de son public — et pré­ci­sé­ment cette part pour laquelle le mes­sage naï­ve­ment posé est impor­tant : pour prendre une allé­go­rie foi­reuse, c’est pas en matra­quant Le capi­tal aux congrès du Parti com­mu­niste qu’on convainc le reste du monde, mais en allant cher­cher les non-rouges pour leur expli­quer sim­ple­ment quelques bases d’économie.

Ensuite, tech­ni­que­ment, Avatar reste un putain de chef-d’œuvre. Le mon­tage serait même un poil plus ner­veux dans cette seconde édi­tion, et une énorme inco­hé­rence a été sup­pri­mée (oui, les « ports USB » des ani­maux servent aus­si dans l’intimité…). Je n’ai pas chan­gé d’avis sur le reste : la sté­réo­sco­pie est une excel­lente chose lorsqu’elle est bien uti­li­sée, et jusqu’à pré­sent James est le seul « fil­meur » a en avoir cor­rec­te­ment pro­fi­té (les « des­si­na­teurs » de Dragons ont aus­si fait un bou­lot inat­ta­quable). Même pla­cé trop en avant et trop au bord comme je l’étais lors de cette deuxième visua­li­sa­tion, avec les pro­blèmes de pers­pec­tive défor­mée que cela sup­pose, ça reste une vraie réus­site, et j’ai été moins gêné par les pro­blèmes de pro­fon­deur de champ que la pre­mière fois : soit elle a été aug­men­tée, soit petit à petit mon cer­veau de spec­ta­teur se repro­gramme pour se caler sur les nou­veaux codes de lec­ture impo­sés par l’impression de relief.

Les gra­phismes sont d’un niveau hal­lu­ci­nant, de même que la cohé­rence de l’univers de Pandora, où seuls les Na’vi font un peu tache — dans un monde hexa­pode où les naseaux sont au des­sus des cla­vi­cules, ils sont les seuls à quatre membre avec un nez. Je main­tiens aus­si que les teintes « irréa­listes » des ani­maux repro­chées par cer­tains sont tout à fait pas­sables : elles sont rac­cord avec les plantes locales et per­mettent en fait un cer­tain mimé­tisme. Notre uni­vers est dans les bruns/verts, celui-ci dans les bleus, ça n’en fait pas une inco­hé­rence.

Il y a éga­le­ment eu quelques petites retouches ici ou là, notam­ment une sim­pli­fi­ca­tion des pre­mières scènes (dont une qui m’avait mar­qué, avec des Na’vi pro­me­nant des .50 comme n’importe quel Rambo) et… une retouche des sous-titres : quelques contre­sens sur l’argot mili­taire qui m’avait cho­qué ont dis­pa­ru.

Restent deux trucs gênants. S’il suf­fit de grim­per plus haut que Toruk pour deve­nir son maître, on se demande bien pour­quoi seuls 5 ou 6 Na’vi l’ont fait. Et sur­tout, ce « this is our land », tota­le­ment inco­hé­rent avec la pen­sée na’vi et qui devrait valoir un lyn­chage à celui qui le dit. Je main­tiens : « we are this land » ou, par oppo­si­tion, « they don’t belong here » seraient infi­ni­ment plus adap­tés.

Au glo­bal, ça reste un spec­tacle hau­te­ment recom­man­dable et une vraie réus­site, qui ne bou­le­verse bien sûr pas de la même manière que pou­vait le faire un American his­to­ry X, mais dis­trait effi­ca­ce­ment, émer­veille réel­le­ment, et n’est pas aus­si con que cer­tains veulent le faire croire.