Atypical

de Robia Rashid, depuis 2017, ***

C’est l’histoire d’un autiste de 18 ans qui tente de trou­ver une copine, ain­si que des réac­tions de son entou­rage face à cette déci­sion.

Série plu­tôt humo­ris­tique, ryth­mée, cor­rec­te­ment inter­pré­tée, dans la veine des tra­gi-comé­dies modernes, mais cen­trée sur un per­son­nage qui peine à com­prendre les codes absurdes des gens nor­maux (avec leurs faux-sem­blants, leur uti­li­sa­tion aléa­toire de mots qui pour­tant ont un sens, leurs sous-enten­dus qu’ils reprochent de ne pas com­prendre, ou encore leur goût incom­pré­hen­sible pour les dis­cus­sions vides de sens, les soi­rées agi­tées et le bruit qu’ils font).

Attends, c’est toi qui es cen­sé être nor­mal, mais tu trouves ce blou­son classe ?! — pho­to Netflix

Son gros inté­rêt, c’est de mon­trer des typiques suf­fi­sam­ment ori­gi­naux pour, fina­le­ment, arri­ver à pré­sen­ter la réa­li­té comme un conti­nuum : Sam est sui­vi pour trouble du spectre autis­tique, mais son pote Zahid, vague­ment obsé­dé (même selon les stan­dards des ado­les­cents) et un peu geek, est-il vrai­ment beau­coup plus nor­mal ? Et quid de Paige, la « copine d’entraînement » aux réac­tions quelque peu exces­sives ? De ce point de vue, la série fonc­tionne plu­tôt bien, mal­gré quelques cari­ca­tures et une écri­ture qui cède à un bon lot de faci­li­tés.

Le pro­blème, c’est que Sam est un autiste typique. Oui, je sais, ça res­semble à un oxy­more, mais c’est exac­te­ment ça : on a l’impression que les scé­na­ristes l’ont conçu en pre­nant tous les cli­chés sur l’autiste « de haut niveau », for­cé­ment brillant, for­cé­ment hyper­sen­sible, for­cé­ment bour­ré d’obsessions, for­cé­ment pro­fon­dé­ment bien­veillant et navré quand il blesse les autres. Idem pour l’entourage, en par­ti­cu­lier la mère-courage-construite-pour-servir-son-fils-qui-ne-sait-pas-quoi-faire-d’autre, qui est une cari­ca­ture sur pattes et serait insup­por­table sans le talent de son inter­prète.

C’est là qu’on réa­lise que Jennifer Jason Leigh est une excel­lente actrice : elle par­vient à sau­ver son per­son­nage. — pho­to Netflix

Du coup, le résul­tat laisse un peu per­plexe : d’un côté, les gens nor­maux sont nor­maux — c’est-à-dire gen­tils, méchants, maniaques, instables, sérieux, pro­fes­sion­nels, obsé­dés… — et de cette varié­té naît tout l’intérêt de la com­pa­rai­son avec l’autiste, qui au fond n’a qu’une façon un peu par­ti­cu­lière d’être aus­si taré que les autres. Mais de l’autre, cer­tains res­sorts sont trop faciles et le per­son­nage prin­ci­pal répond trop aux sté­réo­types sur le sujet pour qu’on ne reste pas sur notre faim.

En résu­mant, on pour­rait dire que la série est à l’image de son per­son­nage : bien inten­tion­née… mais mal­adroite.

Voir aussi :