Rooster
de Bill Lawrence et Matt Tarses, depuis 2026, ****
Katie Russo est une prof lambda de l’université de Ludlow. Raisonnablement appréciée par ses élèves, compétente, discrètement efficace, elle est mariée à un professeur de littérature, britannique, égocentrique et flamboyant. Mais Katie a deux problèmes : d’abord, son mari vient de la quitter pour une étudiante. Ensuite, son père, auteur de la série de romans de gare Rooster, vient donner une conférence dans sa fac. De plus, pendant son séjour, Katie se crée un troisième problème : en tentant de se venger de son mari, elle incendie accidentellement son logement. Par effet boule de neige, son père se retrouve coincé là, contraint de faire cours pendant un semestre… Ça va faire beaucoup de sources de perturbations réunies au même endroit.

Okay, j’ai triché. Je présente ça comme si Katie était le personnage principal, mais en fait, elle n’est que le personnage central : c’est autour d’elle que tout gravite.
Rooster, la série, prend le point de vue de Greg, son père. Qui doit donc mettre de côté sa série de best-sellers pour enseigner l’écriture aux étudiants d’une fac de littérature. Qui doit affronter des étudiantes qui non seulement connaissent et apprécient la grande littérature, mais critiquent aussi l’aspect facile et gratuitement sexuel de ses romans de gare — Rooster, les romans, sont dans la veine des San-Antonio, SAS et James Bond. Greg qui doit, en même temps, renouer avec sa fille pour la soutenir dans son divorce et les conséquences de l’incendie. Et qui évidemment aura en parallèle sa propre vie, notamment sentimentale…
Commençons par dire clairement un truc : si Rooster, la série, reprend le même titre que Rooster, les romans, ce n’est pas seulement parce que les étudiants fans de Greg le surnomment comme son alter ego de papier. C’est aussi parce qu’elle est, comme les romans de gare, une œuvre légère qui n’a pas d’autre prétention que de faire passer un bon moment. Le but, c’est de pousser à enchaîner les épisodes sans se fatiguer le cerveau, comme on tourne les pages d’un roman à la plage.
On est donc sur le fil entre vaudeville et comédie romantique, avec ses situations caricaturales, ses rebondissements capillotractés, son humour de situation, ses jeux de mots faciles et son ambiance généralement gaie et décontractée. Rien n’est vraiment sérieux, le premier épisode mettant clairement l’accent sur les enchaînements comiques plutôt que sur la crédibilité.
Pour autant, Rooster n’est pas décérébré. On reste dans un environnement universitaire, où l’humour repose régulièrement sur des références culturelles relativement pointues. On a de vrais échanges sur la nature de la création, l’opposition réelle ou fantasmée entre grande littérature et best-sellers grand public, les responsabilités des parents vis-à-vis de leurs enfants et des professeurs vis-à-vis de leurs étudiants, la difficulté de gérer simultanément grossesse et études… Et si le président de l’université, joué par John McGinley, ressemble furieusement au Dr Cox, la galerie de portraits est très variée, pas toujours caricaturale, et bien portée par un casting impeccable.

On retrouve donc avec plaisir la patte de Bill Lawrence : glisser sous la comédie parodique quelques touches plus sérieuses, quitte à injecter une séquence tragique et sobre dans ce qui est généralement enjoué et caricatural. Ceci dit, on reste un ton en dessous de Scrubs et surtout de Shrinking, qui n’hésite pas à aller très profondément dans le sordide et à mêler inextricablement le drôle et le bouleversant. Rooster reste fondamentalement léger et ne cherche pas à faire réfléchir le spectateur : on lui glisse quelques pistes de travail, mais il peut les laisser de côté et se contenter de rigoler quand c’est drôle.
Reste donc une série agréable, entraînante, dont la première saison peut s’avaler en quelques soirées ou en une grosse journée sans risque d’indigestion, qui ne bouleverse pas l’histoire mais qui fait passer un vrai bon moment.