Polar Park

de Gérald Hustache-Mathieu, 2023, ****

Ça com­mence comme dans un film noir : un auteur embar­qué dans une sale his­toire, un mes­sage mys­té­rieux qui l’at­tire dans un vil­lage où il pen­sait jamais reve­nir ; un fac­teur à l’o­reille décou­pée, dégui­sé en tableau de peintre néer­lan­dais ; des gen­darmes tota­le­ment dépas­sés ; et les décors gelés du sud de Pontarlier.

Mais Polar Park n’est pas un film noir. Déjà, parce que c’est une série. Ensuite, parce qu’à Mouthe, tout est blanc, tout le temps. En fait, les six épi­sodes pour­raient être un simple polar clas­sique à l’a­mé­ri­caine : ils res­pectent scru­pu­leu­se­ment les atten­dus du genre, avec une voix off bla­sée, des non-dits, des élé­ments appa­rem­ment aléa­toires que le spec­ta­teur atten­tif pour­ra relier entre eux, des flics conscien­cieux qui traquent un tueur en série et un élé­ment per­tur­ba­teur. On trou­ve­ra même des bisons, un Indien, une chan­teuse de bar et un pick-up Chevrolet série K.

Jean-Paul Rouve et Guillaume Gouix devant une porte, l'air surpris
Un flic qui veut faire son taf, un emmer­deur qui n’a rien à faire là : le duo de base du film noir. — pho­to Pascal Chantier pour Arte France

Mais les auteurs jouent aus­si constam­ment avec les codes du film noir et du roman poli­cier, avec une voix off plei­ne­ment consciente de par­ti­ci­per à la nar­ra­tion, d’in­nom­brables scènes piquées aux maîtres du genre, des réfé­rences car­ré­ment citées par les per­son­nages (genre « vous vous croyez dans Le Nom de la rose ? »), des noms qui sont des indices sur les rôles des pro­ta­go­nistes, et l’exacte anti­thèse d’un pick-up de tueur du Midwest : une Citroën Méhari.

C’est donc constam­ment sur le fil entre polar et paro­die de polar, entre vraie enquête ori­gi­nale et clins d’œil aux ama­teurs et aux réfé­rences du genre, entre réa­lisme rela­tif et délire total.

Le rythme est posé mais entraî­nant, les dia­logues sont par­fois cise­lés et ils sont ser­vis par des acteurs en grande forme, eux-mêmes à la limite du jeu sérieux d’un thril­ler et de la cari­ca­ture d’une parodie.

Et puis, vu que ça se passe à Mouthe, c’est rafraî­chis­sant, et rien que ça, en cette sai­son, ça se refuse pas.