Polar Park
de Gérald Hustache-Mathieu, 2023, ****
Ça commence comme dans un film noir : un auteur embarqué dans une sale histoire, un message mystérieux qui l’attire dans un village où il pensait jamais revenir ; un facteur à l’oreille découpée, déguisé en tableau de peintre néerlandais ; des gendarmes totalement dépassés ; et les décors gelés du sud de Pontarlier.
Mais Polar Park n’est pas un film noir. Déjà, parce que c’est une série. Ensuite, parce qu’à Mouthe, tout est blanc, tout le temps. En fait, les six épisodes pourraient être un simple polar classique à l’américaine : ils respectent scrupuleusement les attendus du genre, avec une voix off blasée, des non-dits, des éléments apparemment aléatoires que le spectateur attentif pourra relier entre eux, des flics consciencieux qui traquent un tueur en série et un élément perturbateur. On trouvera même des bisons, un Indien, une chanteuse de bar et un pick-up Chevrolet série K.

Mais les auteurs jouent aussi constamment avec les codes du film noir et du roman policier, avec une voix off pleinement consciente de participer à la narration, d’innombrables scènes piquées aux maîtres du genre, des références carrément citées par les personnages (genre « vous vous croyez dans Le Nom de la rose ? »), des noms qui sont des indices sur les rôles des protagonistes, et l’exacte antithèse d’un pick-up de tueur du Midwest : une Citroën Méhari.
C’est donc constamment sur le fil entre polar et parodie de polar, entre vraie enquête originale et clins d’œil aux amateurs et aux références du genre, entre réalisme relatif et délire total.
Le rythme est posé mais entraînant, les dialogues sont parfois ciselés et ils sont servis par des acteurs en grande forme, eux-mêmes à la limite du jeu sérieux d’un thriller et de la caricature d’une parodie.
Et puis, vu que ça se passe à Mouthe, c’est rafraîchissant, et rien que ça, en cette saison, ça se refuse pas.