Rooster

de Bill Lawrence et Matt Tarses, depuis 2026, ****

Katie Russo est une prof lamb­da de l’u­ni­ver­si­té de Ludlow. Raisonnablement appré­ciée par ses élèves, com­pé­tente, dis­crè­te­ment effi­cace, elle est mariée à un pro­fes­seur de lit­té­ra­ture, bri­tan­nique, égo­cen­trique et flam­boyant. Mais Katie a deux pro­blèmes : d’a­bord, son mari vient de la quit­ter pour une étu­diante. Ensuite, son père, auteur de la série de romans de gare Rooster, vient don­ner une confé­rence dans sa fac. De plus, pen­dant son séjour, Katie se crée un troi­sième pro­blème : en ten­tant de se ven­ger de son mari, elle incen­die acci­den­tel­le­ment son loge­ment. Par effet boule de neige, son père se retrouve coin­cé là, contraint de faire cours pen­dant un semestre… Ça va faire beau­coup de sources de per­tur­ba­tions réunies au même endroit.

Katie devant son tableau, pointant vers la classe
Sujet de lit­té­ra­ture : quand le nar­ra­teur n’est qu’un des per­son­nages qui gra­vitent autour du vrai sujet, à quelle figure de style cela ren­voie-t-il ? — pho­to Katrina Marcinowski pour HBO

Okay, j’ai tri­ché. Je pré­sente ça comme si Katie était le per­son­nage prin­ci­pal, mais en fait, elle n’est que le per­son­nage cen­tral : c’est autour d’elle que tout gravite.

Rooster, la série, prend le point de vue de Greg, son père. Qui doit donc mettre de côté sa série de best-sel­lers pour ensei­gner l’é­cri­ture aux étu­diants d’une fac de lit­té­ra­ture. Qui doit affron­ter des étu­diantes qui non seule­ment connaissent et appré­cient la grande lit­té­ra­ture, mais cri­tiquent aus­si l’as­pect facile et gra­tui­te­ment sexuel de ses romans de gare — Rooster, les romans, sont dans la veine des San-Antonio, SAS et James Bond. Greg qui doit, en même temps, renouer avec sa fille pour la sou­te­nir dans son divorce et les consé­quences de l’in­cen­die. Et qui évi­dem­ment aura en paral­lèle sa propre vie, notam­ment sentimentale…

Commençons par dire clai­re­ment un truc : si Rooster, la série, reprend le même titre que Rooster, les romans, ce n’est pas seule­ment parce que les étu­diants fans de Greg le sur­nomment comme son alter ego de papier. C’est aus­si parce qu’elle est, comme les romans de gare, une œuvre légère qui n’a pas d’autre pré­ten­tion que de faire pas­ser un bon moment. Le but, c’est de pous­ser à enchaî­ner les épi­sodes sans se fati­guer le cer­veau, comme on tourne les pages d’un roman à la plage.

On est donc sur le fil entre vau­de­ville et comé­die roman­tique, avec ses situa­tions cari­ca­tu­rales, ses rebon­dis­se­ments capil­lo­trac­tés, son humour de situa­tion, ses jeux de mots faciles et son ambiance géné­ra­le­ment gaie et décon­trac­tée. Rien n’est vrai­ment sérieux, le pre­mier épi­sode met­tant clai­re­ment l’ac­cent sur les enchaî­ne­ments comiques plu­tôt que sur la crédibilité.

Pour autant, Rooster n’est pas décé­ré­bré. On reste dans un envi­ron­ne­ment uni­ver­si­taire, où l’hu­mour repose régu­liè­re­ment sur des réfé­rences cultu­relles rela­ti­ve­ment poin­tues. On a de vrais échanges sur la nature de la créa­tion, l’op­po­si­tion réelle ou fan­tas­mée entre grande lit­té­ra­ture et best-sel­lers grand public, les res­pon­sa­bi­li­tés des parents vis-à-vis de leurs enfants et des pro­fes­seurs vis-à-vis de leurs étu­diants, la dif­fi­cul­té de gérer simul­ta­né­ment gros­sesse et études… Et si le pré­sident de l’u­ni­ver­si­té, joué par John McGinley, res­semble furieu­se­ment au Dr Cox, la gale­rie de por­traits est très variée, pas tou­jours cari­ca­tu­rale, et bien por­tée par un cas­ting impeccable.

Greg et un élève qui porte des packs de bière face à un officier de police
Quoi la bière ? Oui ben vous savez ce que c’est, des fois je demande à mes élèves de faire mes courses… — pho­to Katrina Marcinowski pour HBO

On retrouve donc avec plai­sir la patte de Bill Lawrence : glis­ser sous la comé­die paro­dique quelques touches plus sérieuses, quitte à injec­ter une séquence tra­gique et sobre dans ce qui est géné­ra­le­ment enjoué et cari­ca­tu­ral. Ceci dit, on reste un ton en des­sous de Scrubs et sur­tout de Shrinking, qui n’hé­site pas à aller très pro­fon­dé­ment dans le sor­dide et à mêler inex­tri­ca­ble­ment le drôle et le bou­le­ver­sant. Rooster reste fon­da­men­ta­le­ment léger et ne cherche pas à faire réflé­chir le spec­ta­teur : on lui glisse quelques pistes de tra­vail, mais il peut les lais­ser de côté et se conten­ter de rigo­ler quand c’est drôle.

Reste donc une série agréable, entraî­nante, dont la pre­mière sai­son peut s’a­va­ler en quelques soi­rées ou en une grosse jour­née sans risque d’in­di­ges­tion, qui ne bou­le­verse pas l’his­toire mais qui fait pas­ser un vrai bon moment.