Nautilus
de James Dormer, 2024, **
Nous sommes en 1857. La Compagnie britannique des Indes orientales domine encore l’Inde et dispose de sa propre flotte. Elle fait construire un sous-marin géant, baptisé Nautilus, pour renforcer sa domination maritime dans la région. Mais parmi les esclaves qui conçoivent et construisent le navire, un petit groupe se prépare à lancer lui-même le Nautilus pour fuir avec…
Bon, ça fait deux ans que j’ai regardé ça et j’ai toujours pas tapé ce billet. Donc il serait tentant de renoncer à le faire. Mais j’avais pris des notes en cours de route, et j’aime pas gâcher. Alors, autant copier mes notes telles quelles. Les voici.
Premier soir, note prise à 20:19 :
Premier épisode de Nautilus, même pas dix minutes, j’ai déjà :— un « starboard » sous-titré par « gauche » (non seulement y’a pas de gauche sur un bateau, mais ce serait « port » qui correspondrait, starboard c’est tribord), d’autant plus pire qu’on voit bien le matelot tourner à droite sur le plan suivant ;— un canon qui rompt ses amarres et dévale le pont, et le marin qui essaie de l’arrêter est vaguement coincé contre le plat-bord (vu le poids d’un canon de marine, à cette vitesse, il éventre le plat-bord sans s’arrêter et le bonhomme assez con pour essayer de le ralentir est transformé en crêpe sanguinolente).Du coup, j’hésite à me relire Les passagers du vent au lieu de continuer. (La trajectoire du canon y est beaucoup plus réaliste, malgré une gîte beaucoup plus faible.)
Tiens, le deuxième canon, lui, traverse bien le plat-bord. Ça doit être parce qu’il n’y a pas Jean-Jacques pour l’arrêter avec ses petits bras musclés…
« Viva la revolución » dans un chantier indien un siècle et demi avant que Castro popularise l’expression ? Mais bien sûr…Ajout vers 23:00 : dans le troisième épisode, c’est « vive la révolution ». Ça au moins c’est pas absurde chronologiquement.
Donc quand on démarre un navire en cale sèche et que ses hélices tournent dans l’air, ça le fait avancer…1
Donc huit heures avant une scène en plein jour, le soleil est à une grosse heure de se coucher. En Inde, où la nuit du solstice fait 9 heures.

Rassurez-moi, vous avez pas besoin que je vous explique pourquoi ça m’a hérissé au point de faire une capture d’écran ?
Dans le cas contraire, voici un peu de lecture.
21:49 :
Les portes étanches de sous-marin, ça se claque aussi facilement qu’une porte de bureau Conforama, tout le monde le sait…
22:02 :
Utiliser l’électricité pour faire chauffer de l’eau qui va entraîner une turbine à vapeur… Mais bien sûr… À cette époque, ça fait environ 50 ans qu’on sait faire différents types de moteurs électriques, mais on préfère une solution compliquée, dangereuse et bourrée de pertes pour que le designer ait un gros machin compliqué à dessiner.
22:11 :
Un jeune cachalot retenu par deux baleinières qui l’encadrent, sans être attaché. Parce que c’est bien connu : les cachalots, ça ne sait pas sonder.

Le lendemain à 20:16 :
Épisode 4. Donc si on fait péter une vitre d’une cabine sous-marine de l’extérieur, ça explose et on est propulsé au loin (et non aspiré vers l’intérieur avec l’eau qui rentre). Logique.
21:15 :
Et une anguille électrique, c’est dangereux quand on est dans le bateau. C’est pas comme si Faraday avait non seulement réalisé, mais expliqué le principe de sa cage depuis quelques décennies…
21:23 :
On a passé un demi-épisode à causer des ballasts, mais là, il suffit de bloquer une gouverne pour que le sous-marin puisse pas remonter…
21:39 :
À ce stade, je m’attends tellement à des conneries que je commence à être surpris par les trucs cohérents : l’héroïne sait faire un nœud de cabestan.
21:50 :
Le défibrillateur sauve donc de l’asphyxie, c’est bon à savoir.
22:09 :
À chaque plan large sur les lignes tarabiscotées et les crêtes dentelées du Nautilus, on se dit que les ingénieurs navals des 2000 années précédentes devaient être un peu idiots pour avoir développé une telle obsession pour les formes lisses.
Conclusion : voici une série gentillette, rythmée et entraînante, largement prévisible, qui est un plagiat 20 000 lieues sous les mers au moins autant qu’une préquelle. Ça se regarde raisonnablement bien, les acteurs font leur boulot correctement et le montage est plutôt bon. Mais pour quiconque a un peu de logique ou est allé jusqu’à un cours de physique niveau CM2, elle enchaîne les absurdités techniques à un rythme effréné.
- Pour le camarade qui me dit « Ça fait bien avancer les avions non ? », la forme et le régime des hélices aéronautiques sont justement adaptés afin d’obtenir une poussée malgré une densité 800 fois plus faible. Note de la team 1er degré.[↩]