Alerte à Malibu

de Michael Berk, Douglas Schwartz et Gregory Bonnan, 1989–2003, *** à noyade garantie

C’était il y a une tren­taine d’an­nées. J’étais au col­lège et, de temps en temps, je fai­sais un effort pour m’in­té­res­ser à ce que regar­daient mes cama­rades (alors qu’il y avait Le prince de Bel-Air et JAG, qui avait besoin d’autre chose ?). Et donc, un beau jour, un col­lègue m’a par­lé de Alerte à Malibu, qui était trop bien avec des actrices trop belles et le gars de K2000 et de l’hu­mour et de l’ac­tion et Pamela Denise Anderson elle est vrai­ment trop belle tout ça. J’en ai donc regar­dé un épi­sode. Et c’é­tait nul, avec un sau­ve­tage en jet-ski ridi­cule de quel­qu’un qui n’a­vait aucune rai­son de se noyer, des clips musi­caux com­po­sés de ralen­tis inter­mi­nables en plein milieu de l’é­pi­sode, et les actrices avaient des seins énormes et flasques qui fai­saient pas envie, et Pamela était mignonne mais y’a­vait trois filles plus jolies qu’elle rien que dans ma classe.

Donc j’ai jamais re-regar­dé un épi­sode, je suis retour­né à JAG, et un peu plus tard Stargate SG‑1 est arri­vé, et Amanda Tapping, ça, c’é­tait une vraie actrice trop belle (et les scé­na­rios étaient bons). Bref.

Trente ans ont pas­sé. Seth Gordon a fait une adaptation/reprise/parodie d’Alerte à Malibu. Et la série d’o­ri­gine, curieu­se­ment, semble tou­jours avoir un sta­tut culte pour les gens (sur­tout les mâles) de ma géné­ra­tion. Donc, comme faut pas mou­rir idiot, j’ai repris par le pre­mier épi­sode pour essayer de comprendre.

L'équipe de Baywatch court sur la plage au ralentit
Image emblé­ma­tique d’Alerte à Malibu : des sau­ve­teurs qui courent au ralen­ti. — pho­to All American Television

Donc, Alerte à Malibu. Ça com­mence avec Mitch, secou­riste expé­ri­men­té de l’é­quipe de la baie de Los Angeles (sur­nom­mée Baywatch, titre ori­gi­nal), qui vient d’être pro­mu lieu­te­nant. Et ça lui plaît pas : « accro à l’eau salée » selon ses propres termes, il aime avoir les pieds dans le sable et un maillot rouge plu­tôt qu’être au centre de com­man­de­ment en uni­forme. La sai­son esti­vale approche et, avec elle, la for­ma­tion des nou­velles recrues, l’im­mense majo­ri­té des gar­diens de plage étant des étu­diants sai­son­niers. Et évi­dem­ment, il faut secou­rir des gens. C’est un peu télé­pho­né, mais ça tourne mal et c’est plu­tôt entraî­nant, avec des per­son­nages rela­ti­ve­ment réussis.

Et sur­tout, il y a une qua­li­té à laquelle je m’at­ten­dais pas vu mon expé­rience de 1995 : les pre­miers épi­sodes d’Alerte à Malibu res­semblent à une vraie pré­sen­ta­tion du bou­lot de secou­riste, avec ses dif­fé­rentes facettes (de la bobo­lo­gie à la réani­ma­tion en pas­sant par la psy­cho­lo­gie lors d’une ten­ta­tive de sui­cide depuis la jetée de Santa Monica). Les dan­gers de l’o­céan appa­rem­ment pla­cide sont plu­tôt bien pré­sen­tés, les tech­niques d’é­va­cua­tion et de réani­ma­tion aussi.

Mieux : la ges­tuelle des per­sonnes en détresse est réa­liste et expli­quée, Shauni (secou­riste débu­tante) réci­tant les signes en obser­vant quel­qu’un qui agite les bras pour savoir si c’est un appel à l’aide ou un bon­jour. Notez-le, ça peut ser­vir : un humain qui panique et s’é­puise fait des mou­ve­ments alter­na­tifs des deux bras, comme s’il ten­tait de mon­ter une échelle — un retour à la « nage en petit chien » ins­tinc­tive chez le nou­veau-né. On explique aus­si la « noyade secon­daire » (en fait une forme d’œ­dème pul­mo­naire pro­vo­quée par l’in­ha­la­tion de sel, de chlore ou d’un corps étran­ger) et on insiste là-des­sus : dès qu’on a une noyade, même super­fi­cielle, un tour à l’hô­pi­tal et une sur­veillance de plu­sieurs heures sont abso­lu­ment indispensables.

Les scé­na­rios sont rela­ti­ve­ment variés, entre humour, action et polar, et la série évite de tour­ner en rond. D’un autre côté, y’a plein de grosses ficelles, la direc­tion d’ac­teurs est très inégale, et on a quelques rebon­dis­se­ments amou­reux relous entre Eddie et Shauni. Il y a aus­si ces fameux clips musi­caux, au moins un par épi­sode, géné­ra­le­ment sur de la musique assez médiocre, qui reprennent tou­jours les mêmes recettes — plan pano­ra­miques de Long Beach, ralen­tis qui courent dans l’eau, etc. Et puis, bon, le dix-hui­tième épi­sode est abso­lu­ment ridi­cule, avec son attaque de requin débile aus­si cré­dible qu’une pro­messe élec­to­rale de Retailleau.

Poitrine d'homme glabre et humide sous un éclairage érotique
Première sai­son : les pou­pés sont aus­si bien objec­ti­fiés que les pou­pées, avec ce genre de gros plan au milieu d’un clip musi­cal. — pho­to All American Television

Quant au trai­te­ment des actrices, ben… Oui, y’a plein de gros plans sur les poi­trines et les fes­siers, par­fois au ralen­ti. Mais c’est en fait pas si dés­équi­li­bré : il y a aus­si plein de gros plans sur les pec­to­raux et les culs des acteurs. Les cer­veaux rep­ti­liens de tout type et de tout goût sont géné­reu­se­ment ser­vis, les hommes sont aus­si déco­ra­tifs que les femmes, et du coup les hommes ne sont pas les seuls à pro­fi­ter de la plage pour se faire plai­sir aux yeux.

Ça change dès la deuxième sai­son. Cet équi­libre se brise, avec moins d’é­ro­ti­sa­tion des poi­trails virils et mus­clés des sau­ve­teurs et tou­jours autant des poi­trines volu­mi­neuses et bom­bées des sau­ve­teuses. Paradoxalement, cer­tains per­son­nages cri­tiquent les gens qui regardent les héroïnes les yeux dans les seins, mais la pro­duc­tion s’en donne à cœur joie de ce côté. Ça sera rela­ti­ve­ment constant par la suite, mal­gré quelques ten­ta­tives ponc­tuelles de ré-objec­ti­fier les Adonis de ser­vice, et la série devien­dra ce pour quoi on l’a rete­nue : un exemple de « male gaze » récurrent.

Pamela Anderson est évi­dem­ment le sym­bole incon­tour­nable, avec un nombre effa­rant de scènes juste dédiées à mon­trer son corps. Sa plas­tique est au centre de plu­sieurs clips musi­caux, lar­ge­ment foca­li­sés sur son célèbre bon­net E. C’est d’au­tant plus dom­mage que dans les scènes où CJ a des choses à dire, Pamela s’a­vère plu­tôt cor­recte comme actrice — et CJ, lar­ge­ment pré­sen­tée comme la bim­bo de ser­vice qui craque tou­jours sur le der­nier mec qui passe, a en fait çà et là un vrai rôle dans un épi­sode où elle est loin d’être conne.

Shauni sous un arbre au bord de la rivière
Selon les stan­dards d’Alerte à Malibu, Erika Eleniak a des seins moyens, presque petits. — pho­to All American Television

Au pas­sage, il y a un truc qui m’a autant frap­pé à 45 ans qu’à 15 : l’ho­mo­gé­néi­té des phy­siques fémi­nins. Les hommes sont plus ou moins mus­clés, plus ou moins secs, plus ou moins poi­lus. Pour cel­leux qui aiment les corps mas­cu­lins, il y en a pour tous les goûts, du très ath­lé­tique au sub­ti­le­ment enve­lop­pé, de l’é­phèbe glabre au viri­le­ment toisonné.

Les femmes, elles, sont plus ou moins grandes, et c’est tout. Toutes élan­cées, toutes glabres des ais­selles et géné­reu­se­ment che­ve­lues, elles peuvent avoir des seins petits (bon­net C, quoi) ou gros (le D est stan­dard). La seule excep­tion, le seul ali­bi qui per­met de dire « mais non on cherche pas à filer des com­plexes à toutes les femmes nor­males qui pour­raient regar­der la série », c’est Stephanie, qui a une poi­trine nor­male. Mais outre qu’elle ne fait que quatre sai­sons, elle a une excuse : c’est une cheffe qui arrive pour don­ner des ordres à Mitch. C’est aus­si une ath­lète qui impose son auto­ri­té par l’en­du­rance phy­sique. Donc, okay, elle a un bon­net A, mais elle a aus­si un rôle typi­que­ment mas­cu­lin… Bien sûr, Mitch cra­que­ra pour elle, mais fon­da­men­ta­le­ment, Stephanie est dès le départ un per­son­nage à part : très dif­fé­rente des autres sau­ve­teuses, elle ne remet pas en ques­tion l’af­fli­geante uni­for­mi­té phy­sique de celles-ci.

L’autre évo­lu­tion qui com­mence à la deuxième sai­son et se pour­suit peu à peu, c’est la baisse de qua­li­té géné­rale. Les scé­na­rios deviennent plus répé­ti­tifs et les clips musi­caux sont de plus en plus longs et de moins en moins ins­pi­rés. Les inter­ac­tions roman­tiques prennent aus­si de plus en plus d’im­por­tance, au point de rem­pla­cer les intrigues poli­cières ou sociales des pre­miers temps.

Et clai­re­ment, les rela­tions entre per­son­nages sont inva­ria­ble­ment nulles. Les jalou­sies absurdes, les pudeurs débiles, les réac­tions aber­rantes qui ne servent qu’à ali­men­ter le scé­na­rio, les varia­tions d’a­vis incom­pré­hen­sibles s’en­chaînent avec achar­ne­ment. Et si on s’en moque par­fois, c’est une vraie ten­dance de fond : deux per­son­nages fémi­nins lâchés ensemble ne peuvent par­ler que de secou­risme ou d’af­faires de cœur. Un peu comme si les pro­duc­teurs avaient décou­vert le test de Bechdel et avaient sau­té trois mots dans le der­nier cri­tère, don­nant « il y a deux per­son­nages fémi­nins, elles ont des noms, elles parlent ensemble, et elles parlent d’autre chose que de mecs ».

On perd aus­si dès la sai­son 2 les notions de secou­risme. On com­mence alors à voir des gens se noyer sans aucune rai­son. Toute per­sonne sub­mer­gée plus de deux secondes se met à cou­ler (alors que la plu­part des humains flottent), ce qui donne cer­taines séquences par­ti­cu­liè­re­ment ridi­cules où on voit l’ac­teur jouant une vic­time se tenir au fond pour évi­ter de remon­ter. Et à par­tir de la sai­son 5, en gros, toute sub­mer­sion entraîne perte de conscience et arrêt car­dio-res­pi­ra­toire. Tous les sau­ve­tages se finissent donc au bouche-à-bouche et mas­sage car­diaque, alors que dans la réa­li­té, les sau­ve­teurs font beau­coup plus de pan­se­ments, de points de com­pres­sion et de mises en PLS.

C’est aus­si là qu’on se met à uti­li­ser des défi­bril­la­teurs comme des démar­reurs, sans véri­fier s’il y a fibril­la­tion. Ça n’a l’air de rien, mais ça a obli­gé des géné­ra­tions de secou­ristes à perdre leur temps à expli­quer à des per­sonnes éplo­rées ou pani­quées que non, « cho­quer » leur gosse/parent/ami/conjoint ne ferait rien, parce que c’est pas un pro­blème de fibril­la­tion, voyez, là, c’est plat. (À la même époque, les intel­los dans mon genre regar­daient Urgences, y’a­vait beau­coup moins de bim­bos en maillot mais beau­coup plus de vraies indi­ca­tions médi­cales, et trente ans après on a encore du mal à com­mu­ni­quer avec cer­tains cama­rades qui trouvent tel ou tel truc « évident » médi­ca­le­ment après avoir consul­té Alerte à Malibu et Grey’s ana­to­my.)

Donc là, on se dit que c’est vrai­ment dom­mage que les auteurs des sai­sons sui­vantes n’aient pas au moins jeté un œil à la pre­mière, juste par curiosité.

Et il se trouve que c’est pas le seul domaine où ça se voit.

Mitch pensant "je déteste la hauteur !"
…pense le mec qui selon les besoins des épi­sodes fait de l’es­ca­lade, du del­ta­plane, de l’hé­li­co­ptère… — pho­to All American Television

Parce que très rapi­de­ment, au-delà des ques­tions tech­niques, il est évident que per­sonne n’a rien à foutre de la cohé­rence interne de la série. Les goûts des per­son­nages évo­luent ain­si selon les envies des scé­na­ristes, sans que per­sonne ait l’air d’a­voir pris des notes. Exemple emblé­ma­tique : vers la sai­son 2 ou 3, Hobie, fils de Mitch, se met à cui­si­ner, parce qu’il en a marre des plats pré­pa­rés et des piz­zas. Rapidement, il s’a­vère doué (Hobie sera doué en TOUT, plus encore que son père) et c’est une source de gags récur­rents, genre les invi­tés féli­citent le père alors que c’est le fils qui a tout fait. Mais dans la sai­son 5, grand retour­ne­ment, Hobie ne sait plus cui­si­ner et Mitch est un cor­don bleu quand il faut séduire je sais plus qui. Dans le même ordre d’i­dées, dans la sai­son 6, Mitch ne veut pas sau­ter en para­chute parce qu’il a peur du vide. Le même Mitch qui, dans la sai­son 1, fai­sait du del­ta­plane pour le fun…

Ça va jus­qu’à des trucs vrai­ment absurdes d’un épi­sode à l’autre. Ainsi, en milieu de sixième sai­son, Stephanie sort avec Tom, appa­ru ex nihi­lo, et tout le monde trouve ça aus­si nor­mal que quand Buffy a une sœur. À l’é­pi­sode sui­vant, on nous pré­sente ledit Tom. Les deux scripts ont dû être inver­sés quelque part, ou bien les épi­sodes ont été dif­fu­sés ou col­lés sur le DVD dans le désordre, je sais pas.

Et ne par­lons pas de ce cas où le défi­bril­la­teur n’est enfin pas pré­sen­té comme une solu­tion magique à tous les arrêts car­diaques : Newmie explique qu’il ne veut pas s’en ser­vir parce qu’une vic­time a des côtes cas­sées et que le choc ris­que­rait de per­fo­rer un pou­mon. Il va donc… reprendre le mas­sage tho­ra­cique qu’il pra­ti­quait depuis quelques minutes — ce qui ne risque pas du tout de faire bou­ger des côtes cas­sées et de pro­vo­quer un pneu­mo­tho­rax, évidemment !

Mitch et Newmie regardent la plage
Dis, Michael, tu pour­rais me mon­trer des trucs pour que j’aie pas trop l’air d’une courge quand je joue un secou­riste ? — pho­to All American Television

À pro­pos de Newmie, il faut dire un truc : l’ac­teur maî­trise son rôle. C’est frap­pant dès la pre­mière sai­son. J’ai dit que le cas­ting était très inégal et que la direc­tion d’ac­teurs était aux fraises, mais ini­tia­le­ment, chaque fois que ce per­son­nage secon­daire appa­raît, il est juste. Il parle comme quel­qu’un qui connaît le voca­bu­laire du secou­risme, il plonge et nage comme quel­qu’un qui sait vrai­ment plon­ger et nager.

De fait, Michael Newman, l’ac­teur, était un vrai pom­pier et secou­riste. Embauché comme consul­tant, il a éga­le­ment été pris pour jouer un per­son­nage secon­daire qui pour­rait expli­quer et mon­trer des trucs tech­niques — confir­mant que les pro­duc­teurs avaient ini­tia­le­ment envie de pro­fi­ter de la série pour pro­mou­voir les bonnes pra­tiques près de l’eau.

Bon, par la suite, il a sans doute été invi­té à prendre son chèque d’ac­teur et à ne pas trop cri­ti­quer le scé­na­rio, et quand il devient l’un des rôles prin­ci­paux et com­mence à prendre part aux intrigues roman­tiques, Newmie devient un per­son­nage aus­si incons­tant que les autres. Mais il faut rete­nir qu’il y a eu, briè­ve­ment, un vrai sau­ve­teur sachant vrai­ment com­ment sauver.

Deux Hawaïens parlent. Le sous-titre commence par la mention "parlant une langue étrangère".
Quand les sous-titres expliquent que le hawaïen est une langue étran­gère… — pho­to All American Television

Finissons comme la série : à Hawaï. L’archipel est appa­ru dans la pire his­toire des onze sai­sons, le double épi­sode d’a­vril 1996 inti­tu­lé Paradis inter­dit. J’ai tel­le­ment pas envie d’y repen­ser que je vais juste copier-col­ler telles quelles les notes prises après avoir sur­vé­cu à son visionnage :

double hawaï sai­son 6 : DE LA MERDE. Carlton, per­son­nage qu’on a le plus envie de voir cre­ver depuis l’in­fir­mière de Vol au-des­sus d’un nid de cou­cou. Intrigue Caro-aus­tra­lien : jalou­sie débile, pro­po­si­tion à la noix, et du coup elle le laisse faire sa com­pète de surf. C’est pas comme s’il avait déjà pro­mis le mariage à une meuf juste par inté­rêt per­so, mais ça confirme la conne­rie abys­sale de Caro. Matt piqué par ras­casse sans rai­son + canot cre­vé + allons tra­ver­ser la mon­tagne dont on sait rien plu­tôt que de suivre la plage jus­qu’au vil­lage de pêcheurs + le lot de cons et Courgette qui veut les quit­ter + menace du Scolopendra sub­spi­nipes (noc­turne et ne mord qu’emmerdé comme tout sco­lo­pendre) + l’hé­li­co qui arrive pile au bon moment. Et on voit à peine les paysages.

Les pro­duc­teurs n’ont pour­tant pas été dégoû­tés et au début de la dixième sai­son, l’en­semble de la série est délo­ca­li­sé sur la côte nord d’O’ahu, deve­nant donc Alerte à Hawaï 1. Le pré­texte ? La Polynésie, avec ses eaux variées, serait idéale pour faire un centre de for­ma­tion inter­na­tio­nal de sau­ve­teurs. On se débar­rasse donc de la qua­si-tota­li­té du cas­ting et on réunit une Australienne, trois Californiens (les seuls déjà connus donc), une Hawaïenne, un Texan hawaïen (sans com­men­taire) et une pâle copie de Mitch.

Et on fait un centre de for­ma­tion, mais on ne ver­ra jamais une vraie for­ma­tion de secou­riste, juste des exer­cices absurdes qui sont là pour faci­li­ter le bou­lot du scé­na­riste en annon­çant la séquence finale.

Initiation aux danses cérémoniales
Okay les Anglo-saxons, va fal­loir s’a­dap­ter : ici pour les céré­mo­nies on danse avec des col­liers de fleurs. — pho­to All American Television

Comme dans toutes les séries tour­nées à Hawaï, les pay­sages sont magni­fiques. Curieusement, même les sor­ties du côté de la superbe Santa Catalina don­naient pas lieu à un soin esthé­tique par­ti­cu­lier dans Alerte à Malibu : il a fal­lu tra­ver­ser la moi­tié du Pacifique pour se dire « tiens, si on embau­chait un direc­teur de la pho­to­gra­phie pour pro­fi­ter du décor ». Ou alors, l’of­fice du tou­risme hawaïen a par­ti­ci­pé au finan­ce­ment et a eu un droit de regard sur l’es­thé­tique de la série. Peu importe, les plans sur les forêts sau­vages, les mon­tagnes escar­pées et les côtes déchi­rées font plai­sir aux yeux.

La culture locale fait aus­si par­tie du scé­na­rio, même si elle reste moins pré­sente que dans des séries véri­ta­ble­ment hawaïennes comme Magnum. Ça per­met de renou­ve­ler un peu cer­tains thèmes, notam­ment en revi­si­tant enfin l’i­mage du requin — bête sau­vage et meur­trière absurde pen­dant neuf sai­sons, il devient enfin un habi­tant des mers légi­time et protégeable.

Et puis, cer­taines nou­velles recrues sont à l’aise dans l’eau. Kamano était nageuse et sur­feuse, je connais pas le pas­sé de MacKinnon mais je serais pas sur­pris qu’elle ait fait pas mal de nata­tion, et Momoa était des­ti­né à jouer Aquaman (hélas pour nous). Bien sûr, savoir nager était un pré­re­quis pour les acteurs, mais le fait d’a­voir de vrais locaux qui avaient une vraie expé­rience de la nata­tion en grosse mer et du pilo­tage de jet-ski ou de body­board avant d’ar­ri­ver amé­liore les choses.

Bon, évi­dem­ment, leurs per­son­nages sont en car­ton dès qu’on parle de rela­tions, le duo le plus réus­si d’Alerte à Hawaï étant à peu près du niveau du plus pour­ri de Alerte à Malibu. Il n’y a que la non-rela­tion amu­sée entre Jason et Allie qui fonc­tionne à peu près, sans doute parce qu’elle joue sur un humour facile (elle est plus vieille que lui et elle a connu son lot de cou­reurs), qu’on sait dès le départ qu’il n’ar­ri­ve­ra rien, et que les acteurs étaient vrai­ment com­plices (ils ont réel­le­ment été ensemble six ans). En revanche, les his­toires de cœur et de cul de Kekoa, Jessie, JD, Leigh et Sean sont abso­lu­ment nul­lis­simes et occupent un temps d’é­cran exa­gé­ré sans aucune rai­son valable.

Jenna et Sean au port, l'air bougon
— Au fait, pour­quoi on s’en­gueule ?
— Bah on a déjà bai­sé à l’é­pi­sode pré­cé­dent, et le scé­na­riste dit qu’on peut pas faire ça trop sou­vent.
- pho­to All American Television

L’arrivée à Hawaï est éga­le­ment l’oc­ca­sion de décou­vrir des trucs dingues : la noyade secon­daire et la posi­tion laté­rale de sécu­ri­té. Alors oui, la noyade secon­daire avait déjà été pré­sen­tée dans la toute pre­mière sai­son. Mais curieu­se­ment, par la suite, dès que quel­qu’un se remet­tait à res­pi­rer en cra­chant toute l’eau de mer qu’il avait dans les pou­mons, les secou­ristes disaient un truc du genre « C’est bon, vous êtes sor­ti d’af­faire, tout ira bien » et retour­naient à leurs dra­gouilles. Là, on a de nou­veau cette idée que res­pi­rer de l’eau salée, c’est mau­vais, et pas juste sur le moment.

La PLS, en revanche, était tota­le­ment absente, et qui­conque sor­tait d’un arrêt car­dio-res­pi­ra­toire était invi­té à s’as­seoir. Dans les deux der­nières sai­sons, dès le début de la toux, on fait bas­cu­ler les gens sur le côté, ce qui faci­lite gran­de­ment l’ex­pul­sion de tout ce qui est ren­tré dans des conduits pas pré­vus pour.

Les maniaques diront qu’en 1989, au lan­ce­ment d’Alerte à Malibu, la PLS n’é­tait pas encore una­ni­me­ment admise, bien que cela fît un siècle qu’on eût com­pris qu’une per­sonne incons­ciente ris­quait moins de s’é­touf­fer sur le côté. Mais en 1992, l’American Heart Association a défi­ni­ti­ve­ment tran­ché en faveur de la mise en PLS. Et ce n’est donc qu’en 1999, après un chan­ge­ment de conti­nent, que Alerte à… se met à jour. (Ma mémoire peut me trom­per, mais il me semble qu’on avait des PLS dès le début d’Urgences, en 1994, et j’ai aucun doute sur le fait que les doc­teurs de Chicago ont pré­ci­sé à plu­sieurs reprises que c’é­tait abso­lu­ment essen­tiel en cas d’ex­pul­sion de liquides.)

Bref, Alerte à Hawaï reprend par cer­tains aspects des qua­li­tés qu’on avait plus vues depuis long­temps dans Alerte à Malibu, mais pour­suit dans d’autres domaines la des­cente aux enfers des sai­sons pré­cé­dentes. C’est donc assez pauvre, mal­gré quelques séquences réussies.

Enfin, le télé­film qui clôt la série fait reve­nir plein de per­son­nages (y com­pris décé­dés…) à Hawaï pour célé­brer un mariage. Ce simple résu­mé dit bien à quoi s’at­tendre : on aura de la gui­mauve sen­ti­men­tale avant tout. Et c’est exac­te­ment ce qu’on a, même s’il traîne une vague intrigue poli­cière copiée sur de vieux épi­sodes, avec des méchants très méchants. Le reste, ce sont des jalou­sies absurdes, d’in­ter­mi­nables échanges sur qui aime qui pour­quoi mais com­ment faire avec l’autre, et on a vrai­ment envie de noyer tout le cas­ting pour en finir une bonne fois pour toutes.

  1. Notez que Alerte à Malibu ne se dérou­lait qua­si­ment jamais à Malibu, mais plu­tôt du côté de Santa Monica et Long Beach. Mais en arri­vant à Hawaï le dis­tri­bu­teur fran­çais s’est dit « on va chan­ger le titre pour cor­res­pondre au lieu ».[↩]