Stargate : SG-1

de Brad Wright et Jonathan Glassner, 1997-2006, ****/**

Vous vous souvenez de La porte des étoiles, de Roland Emmerich ? Et bien, quelques années après, elle est réactivée de l’extérieur et des bonshommes déguisés en serpents descendent des bidasses avant de repartir avec une blonde. Les autorités paniquent, récupèrent O’Neill qu’elles avaient mis à la retraite après le film, le renvoient sur la planète où il avait laissé Daniel pour savoir ce qu’il se passe. Problème : il ne se passe rien, les portes des étoiles forment en fait un vaste réseau et les assaillants sont venus d’une autre.

À la suite de cet épisode malencontreux, qui forme le pilote de SG-1, des équipes d’éclaireurs sont formées, qui vont visiter les planètes du réseau de portes des étoiles pour identifier les menaces potentielles et essayer de trouver des alliés. Petit à petit, les scénaristes vont rajouter tout un tas d’éléments plus ou moins capillotractés qui seront souvent repris dans les séries et films dérivés, mais ce sont surtout les découvertes de civilisations étrangères qui sont intéressantes : globalement, le bellicisme crétin des humains terrestres est souvent vu comme une faiblesse, et ils sont traités comme des ennemis, de la nourriture ou des esclaves, mais surtout comme des enfants turbulents.

SG-1 repose aussi sur un démontage en règle de toutes les mythologies terrestres. Les Goa’uld se sont imposés en tant que dieux égyptiens, c’est entendu ; mais petit à petit, les mythologies précolombienne, celtique et surtout scandinave y passent — le rôle des Asgard, nom qui rappellera quelque chose à tous les lecteurs de Thorgal, devient assez important vers le milieu de la série. Petit regret : que les scénaristes n’aient pas eu les couilles de s’en prendre frontalement aux religions du Livre — les Oris, à partir de la saison 9, montrent que l’intention était pourtant là…

Le fil conducteur est la lutte contre Apophis, puis contre les autres Goa’uld ; mais on découvre au fil des épisodes plein de petits à-côtés d’un univers finalement assez fouillé, même si la trame globale reste souvent la même — les humains débarquent, foutent la merde, émancipent les femmes et les esclaves et repartent.

Il y a aussi une poignée d’épisodes totalement hors série, souvent délirants, comme celui où l’on découvre qu’une éruption solaire peut perturber le continuum espace-temps et faire connecter une porte non ailleurs, mais à un autre moment. Voir Teal’c expliquer que son tatouage est le sceau de l’esclavage de son peuple à un hippie complètement stone restera un des grands moments de la télévision, et L’histoire sans fin (saison 4) est un des épisodes les plus amusants pour tout geek vaguement concerné par les paradoxes temporels. Autre monument geekesque : le passage de Martin Lloyd, extra-terrestre amnésique et paranoïaque qui réunit ses vagues souvenirs pour produire une sorte de parodie kitsch de SG-1, est purement excellent.

Enfin, il faut noter que la série repose dramatiquement sur son casting. O’Neill, repris par l’excellent Richard Anderson, est radicalement différent du personnage du film original (à l’époque interprété par Kurt Russell) : toujours bas de plafond, il est cependant beaucoup plus humoriste, capable de dérision, et son mépris envers les scientifiques et les civils est désormais teinté d’amusement. La relation O’Neill-Carter a d’ailleurs un côté je t’aime / je te méprise assez drôle de notre point de vue. Jackson abandonne assez rapidement son statut de guignol tout juste bon à éternuer pour devenir un personnage à part entière, plus sage, plus posé — il sera d’ailleurs le premier humain à faire l’Ascencion. Là encore, sa relation avec O’Neill est à la fois pathétique et comique, comme lorsqu’ils rencontrent une espèce dont les membres se présentent avec l’étymologie de leur nom : Daniel, en linguiste, reprend automatiquement leur formule de politesse (« Je m’appelle Daniel, et ça veut dire… »), hésite une seconde genre « tiens, c’est vrai, j’ai jamais réfléchi à ça, c’est quoi ce prénom ? », puis donne une traduction (« Dieu est mon guide ? »), tandis que O’Neill, à la fois narquois et limité, se contente de « Je m’appelle Jack, et ça veut dire Jack ». (Les anglicistes noteront un jeu de mots difficile à traduire, « jack » désignant un cric ou un valet.) Enfin, si l’introduction de Teal’c n’est pas exempte de maladresses, il est un élément central du casting, détaché, imperturbable, soulignant par l’opposition le côté excité et puéril des humains.

Cette dépendance au casting est d’ailleurs un des gros problèmes de SG-1, lorsque O’Neill devient général : n’accompagnant plus ses hommes sur le terrain, c’est à la fois un personnage central et un élément important du personnage de Carter (devenue colonel pour l’occasion) qui manque, et les saisons suivantes tournent sévèrement à vide.

On retrouvera d’ailleurs cette faiblesse dans Stargate : Atlantis, dont je vais certainement me fatiguer à faire une critique vu que c’est juste une sorte de copie ratée de SG-1, sans casting, sans références mythologiques, et donc sans intérêt.

On va donc dire qu’il y a grosso modo cinq ou six saisons à voir, puis SG-1 connaît une sévère baisse de régime en se concentrant trop sur la lutte contre les Goa’uld, puis elle tourne en rond après la promotion d’O’Neill et disparaît logiquement.