Royal pains
d’Andrew Lenchewski et John P. Rogers, 2009–2016, ***
Le système hospitalier des États-Unis est complètement pourri. D’une part, il y a les hôpitaux, en fait des espèces d’entreprises non lucratives avec un conseil d’administration qui gère avant tout la thune, et qui dépendent largement de dons privés. Donc, quand vous êtes urgentiste et que vous voyez arriver en même temps un jeune en état vraiment urgent et un vieillard qui semble moins pressé, commencez par vérifier si celui-ci n’est pas un mécène de l’hôpital.
D’autre part, il y a les cliniques et les cabinets privés, qui facturent ce qu’ils veulent et sont libres de refuser des patients selon leurs propres critères, voire de faire de la « conciergerie médicale » : faire payer des abonnements aux montants ridicules pour garantir aux très riches qu’ils seront traités en priorité et auront accès aux meilleurs soins en toutes circonstances.
Oui, le point commun, c’est que si vous êtes prolétaire ou indigent, vous passez après les gens qui ont de l’argent à gaspiller, même si votre cas est plus urgent.

Hank, urgentiste dans un hôpital new-yorkais, a fait le mauvais choix : traiter le cas urgent au lieu de rester au chevet du donateur, qui semblait stable mais finit par mourir de complications. Il est donc non seulement viré, mais blacklisté de tous les hôpitaux de la région. Il sombre dans une dépression, sa fiancée se barre, tout part en couille (le système de chômage et celui de prise en charge psy sont aussi pourris que le système hospitalier). Jusqu’à ce que son frère, Evan, l’arrache de son appartement pour l’emmener un week-end dans les Hamptons, cette extrémité de Long Island où les très riches aiment à faire construire leurs résidences secondaires, tertiaires ou plus et claquer leurs excès de thune en organisant des fêtes monstrueuses. Là, un peu par hasard, il sauve une fêtarde et son numéro commence à circuler chez les gros bourges du coin. Il devient donc « médecin concierge », un peu pour sortir de sa dépression, beaucoup pour aider les patients, un peu pour plaire à une directrice de l’hôpital local, beaucoup pour l’excitation de traiter de vraies urgences, et un peu pour la thune quand même.
Le titre le dit bien : la série va traiter de souffrances, mais ce sera comique. En effet, Royal pains est un jeu de mots. La traduction littérale, « douleurs royales », renvoie au fait qu’on va s’occuper des souffrances de ce qui est le plus proche de la royauté aux États-Unis : les très, très riches, les fameux un pour cent voire un pour mille qui ont des châteaux dans les Hamptons, à qui il faut absolument plaire si l’on ne veut pas finir aux oubliettes. Mais au sens figuré, « royal pain » désigne aussi une personne particulièrement chiante – abréviation de « royal pain in the ass », qu’on pourrait traduire par « casse-burnes de première classe ». On se doute donc qu’on va traiter des patients autoritaires, rétifs, prétentieux, égocentriques, inutilement pénibles, et que ça va être drôle.

De fait, Royal pains joue presque constamment sur les deux tableaux. Hank (rapidement entouré d’une petite équipe plus ou moins caractérielle et efficace) va pratiquer la médecine, principalement sur le terrain, avec certains aspects relativement bien documentés — plus Urgences que Grey’s anatomy si vous voyez ce que je veux dire. Évidemment, ça n’est pas un cours de médecine, mais il y a des passages relativement didactiques et documentés.
Mais parallèlement, les échanges piquants, le comique de situation, les relations emmerdeur-emmerdé sont au cœur du scénario, les détails comiques sont présents jusque dans les passages tragiques et l’ensemble respire la bonne humeur, les vannes faciles et la légèreté. Et beaucoup de soins sont improvisés avec les moyens du bord, jouant sur la parodie de la médecine classique, honorable et basée sur une tonne de matériel spécialisé. C’en est au point que Royal pains semble parfois une meilleure reprise de MacGyver que le MacGyver de Lenkov !
Évidemment, on n’échappe pas totalement à la caricature excessive. L’outrance est parfois volontaire (quand Evan panique parce qu’il a trouvé un grand requin blanc dans l’aquarium d’un client qu’il soupçonne d’être lié à la mafia), parfois maladroite et pesante (certains échanges entre Boris et Marissa par exemple). Et bien entendu, certains passages en font trop ou semblent vraiment artificiels, notamment dans les dernières saisons.

Mais on rigole bien, surtout dans les quatre premières saisons, et la série est à la fois entraînante, relativement profonde par moments, et plutôt enjouée et bonne pour le moral. Alors, pourquoi pas ?