Misfits of science
de James D. Parriott, 1985–1986, ****
Dans la vie, il y a les gens normaux, qui se ressemblent tous un peu, qui sont adaptés à la société dans laquelle ils s’intègrent sans trop de difficultés et où ils vivent leur vie normale. Et il y a les inadaptés, les cas qui sortent de l’ordinaire, qui n’ont pas une place facile à trouver. Ils peuvent être trop grands pour passer inaperçus, se charger d’électricité au point produire des éclairs, pouvoir déplacer des objets, être restés congelés pendant près de cinquante ans, ou tout simplement être trop puérils et impulsifs pour faire de la « vraie » science. Mais être inadaptés et scientifiques (le titre original, Misfits of science, reflète bien mieux l’esprit de la série que le titre pseudo-français « Superminds »), ça a aussi des avantages : ça peut parfois permettre d’aider les gens normaux à se sortir de situations anormales.

Donc, on est en 1985, S.O.S. fantômes vient de cartonner au cinéma et Brandon Tartikoff, président de NBC, souhaite produire une série qui reprenne cet esprit : un peu de science, un peu de fantastique, un peu d’effets spéciaux, beaucoup d’humour parodique. James Parriott, qui avait créé un mélange relativement similaire trois ans plus tôt avec Voyages au bout du temps, se charge de développer le projet. Il prend un ton résolument burlesque, avec des jeux de mots jusque dans les titres des épisodes, et puisque ses personnages sont fondamentalement des superhéros, il leur donne des caractères d’antihéros absolus – en particulier leur leader, qui est très souvent celui qui les met dans la mouise pour commencer. Et à une époque où les muscle cars deviennent des personnages à part entière de certaines séries, ces nouveaux superhéros auront eux aussi un véhicule super-héroïque de choix : un camion de marchand de glaces.
La série parodie les succès du moment, et on verra passer au fil des épisodes de nombreuses références à Indiana Jones, L’Agence tous risques, L’Homme qui valait trois milliards, X‑Men, James Bond, K2000, Cocoon ou encore Rocky. Elle a même réussi à parodier Sauvez Willy huit ans avant sa sortie !1

Cela n’empêche pas de placer des sujets plus sérieux assez régulièrement. Le premier épisode offre d’ailleurs une sorte de réflexion sur les armes surpuissantes, la responsabilité qu’elles supposent et leur sécurisation, avec des seconds rôles empruntés à M*A*S*H. D’autres pourront vous faire chialer avec les efforts d’un père dont l’enfant est mort, ou vous faire réfléchir sur le sort des personnes vivant avec un « revenu fixe » (les fameuses pensions de retraite américaines qui ne suivent pas l’inflation).
Il y a aussi des petits détails bien vus, comme la parodie de secrétaire de série télé — vous savez, la vieille fille dont le rôle se limite à passer le courrier et taper à la machine en mettant le héros en valeur. Un peu comme dans S.O.S. fantômes, la secrétaire est ici du genre « bah puisque personne s’intéresse à mon taf, je fais ce que je veux » : elle disparaît quand on a besoin d’elle, se fait les ongles ou regarde la télé pendant que le téléphone sonne, et elle fait l’objet de petits gags d’arrière-plan occasionnels.
Puisqu’on en est aux personnages féminins, c’est un autre point qui a étonnamment bien vieilli : non seulement il y en a, mais les femmes ont souvent leurs propres objectifs et ne sont pas là pour rendre l’ambiance romantique. D’ailleurs, Jane, la seule qui semble durablement intéressée par un des héros, disparaît au milieu de la série – et elle a au préalable plein de discussions avec Gloria sur d’autres sujets que les hommes. Quant à Gloria, seule superhéroïne de l’équipe, si elle semble un peu faire-valoir au début (il faut dire que c’est le premier vrai rôle de Courteney Cox et les auteurs n’avaient peut-être pas prévu qu’elle s’impose aussi naturellement dans le casting), elle prend rapidement un rôle central : deux des derniers épisodes tournent autour d’elle et elle est régulièrement essentielle au dénouement.

Après, bon, ça reste de la série d’action comique des années 1980. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ça vole très haut. L’écriture est généralement enjouée et les répliques fusent, mais certains gags sont un peu lourdauds, la trame est souvent assez manichéenne (en particulier quand un militaire est concerné), la réalisation est parfois un peu brouillonne et les courses-poursuites sont mollassonnes.
Mais il reste des personnages sympas et bien écrits, des parodies réussies, une variété de ton et de sujets fort agréable et dans l’ensemble une légèreté naturelle bienvenue. On ne sait jamais sur quoi on va tomber et ce manque de constance a peut-être nui au succès de la série, mais Misfits of science a plutôt bien vieilli et se regarde encore avec plaisir.
- Keith Walker, scénariste du navet à l’épaulard, dit avoir commencé à réfléchir à cette histoire en 1984 et il a travaillé sur M*A*S*H, donc il est possible qu’il en ait parlé aux auteurs de Misfits of science, mais c’est peut-être une coïncidence. En tout cas en vrai cet épisode semble plus parodier Un animal doué de raison que Sauvez Willy.[↩]