The Abandons
de Kurt Sutter, 2025, ***
D’un côté, il y a les petits fermiers. De l’autre, il y a les propriétaires de la mine d’argent. Et à la tête de chaque groupe, il y a une femme : ici, Fiona, cul-bénite irlandaise et pauvre qui a adopté quatre orphelins désormais adultes ; là, Constance, veuve richissime qui dirige sa mine et sa famille d’une main de fer sans se préoccuper de morale. L’affrontement entre ces deux femmes, c’est aussi celui entre fidèles et cyniques, entre travail terrien et industrie destructrice, entre tradition et modernité.
The Abandons a de grandes qualités. Tout d’abord, les aspects techniques : photo constamment sublime, réalisation soignée, montage rythmé, tout ça. Netflix a mis les moyens et ça se voit.

Ensuite, le casting. Anderson n’avait pas été aussi glaçante depuis longtemps, Headey fait vivre un personnage à la fois sincère et hypocrite (d’un côté elle joue la petite oie blanche pieuse et catho et morale tout ça, de l’autre elle manipule, fait chanter et tue aussi volontiers que son antagoniste), les seconds rôles sont généralement impeccables et même Lucas Till fait du bon boulot en héritier vaguement honteux mais bien dressé.
Enfin, la richesse des thèmes abordés, de la classique lutte entre fermiers et industrie (revoyez Géant par exemple) aux conséquences d’un viol en passant par l’orgueil, l’envie, l’avarice, la colère. La série touche un peu à tout, mais avec à chaque fois une volonté d’aller au bout de sa logique – une habitude chez Sutter, comme en témoigne le grand finale de Sons of Anarchy.

Mais voilà, la sauce ne prend pas. La raison est simple : si les thèmes sont variés, les personnages, leurs situations et leurs réactions sont déjà vus cent fois. The Abandons est très bien faite, mais sa trame ne cherche jamais à sortir des incontournables du genre. L’opposition entre les gentils et les méchants (enfin, les méchants du bon côté et les méchants du mauvais côté) est simpliste, de même que les inévitables Roméo et Juliette chargés de faire le pont – ou de se faire accuser de trahison selon les occasions. Le personnage le plus réussi, Paxton, qui a perdu toute sa famille et n’a plus que son chien comme compagnie, offre à Brían O’Byrne l’occasion de démontrer un talent extraordinaire entre émotion, deuil et détermination, mais il n’intervient que quelques dizaines de secondes par épisode et laisse les poncifs ordinaires mener la danse.
Le résultat est un western très réussi mais totalement oubliable, bien loin de petites pépites récentes comme Godless (pour rester sur des fondations similaires).