Belmondo, le professionnel

Bon, j’en peux plus de la lita­nie de titres du style « Belmondo le magni­fique » (alors qu’il était « pas beau, beau », selon l’ex­pres­sion ren­trée dans l’Histoire) ou « Belmondo l’as des as » (comme si le ciné­ma était une compétition).

Je n’ai pas vu un seul titre « Belmondo le professionnel ».

Pourtant, Dieu sait que c’é­tait un vrai acteur, qui bos­sait ses rôles avec appli­ca­tion et impli­ca­tion. Les hasards de la vie (le suc­cès coup sur coup de Un singe en hiver et Cartouche, essen­tiel­le­ment) en ont fait « Bébel », mais regar­dez ses œuvres de jeu­nesse (oui, je suis en train de vous conseiller de voir du Godard 😃) ou celles où des réa­li­sa­teurs s’en sont enfin rap­pe­lé (Peur sur la ville, Les misé­rables, Peut-être et bien enten­du l’in­con­tour­nable Itinéraire d’un enfant gâté) et vous ver­rez que c’é­tait un vrai acteur, un grand pro­fes­sion­nel, capable de s’a­dap­ter et de se fondre dans des per­son­nages variés.

Et là, au milieu, il y a Le pro­fes­sion­nel. Le film qui est à Belmondo ce que Mon nom est Personne est au wes­tern : la fusion de deux genres habi­tuel­le­ment sépa­rés. Un vrai film noir ET une vraie comé­die d’a­ven­tures. Le fameux « Joss Beaumont, espion­nage et châ­taignes », c’est aus­si Josselin Beaumont, sol­dat irré­pro­cha­ble­ment sérieux qui ira jus­qu’au bout de sa mis­sion. C’est le fils natu­rel (éton­nam­ment natu­rel d’ailleurs) du Marginal et d’un authen­tique film de guerre, avec une touche d’À bout de souffle et un finale qui vous fera chia­ler jus­qu’au milieu de Mission Cléopâtre1. Belmondo y joue sur tous les tableaux, du comique pri­me­sau­tier au tra­gique abso­lu en pas­sant par le cri­tique sociopolitique.

La presse, si vous vou­lez rendre hom­mage à Belmondo, « Le pro­fes­sion­nel » est un bien meilleur titre que tous ceux que j’ai vus pas­ser ce matin. Autant pour des rai­sons humaines que pour des rai­sons cinématographiques.

  1. Alain, je com­prends pour­quoi t’as mis Chi Mai là, mais sache que pour plein de gens cette musique est défi­ni­ti­ve­ment incom­pa­tible avec quoi que ce soit de vague­ment comique et que ça m’a sérieu­se­ment gâché ton film.[]