Ragnarök

d’Adam Price, 2020, ***

Si vous avez lu Thorgal, vu Thor, ou autres trucs du style, vous savez que le Ragnarök, lit­té­ra­le­ment « cré­pus­cule des dieux » ou « des­truc­tion des dieux » selon les sources et l’or­tho­graphe rete­nue, est la grande bataille entre les dieux et les jöt­nar1, entraî­nant la fin du monde des hommes.

Bon.

Ragnarök, c’est la ver­sion teen movie de l’his­toire.

Leçon de cuisine par Vidar
Je suis méchant : je fais griller de la viande et je dirige l’in­dus­trie qui emploie tout le monde. — pho­to Netflix

On a donc une famille de bourges à qui tout réus­sit, dont l’in­dus­trie fait vivre la ville d’Edda… et la fait cre­ver : leurs acti­vi­tés sont super pol­luantes et ils par­ti­cipent acti­ve­ment au chan­ge­ment cli­ma­tique. Et voi­là que reviennent dans le coin Déprime et ses deux fils, Charmeur et Debilos.

Debilos se fait vite repé­rer par la vieille du coin, parce qu’il faut tou­jours un vieux dans ces his­toires, c’est super mys­té­rieux, on sait jamais ce qu’ils pensent. Puis il devient ami avec l’ac­ti­viste éco­lo de ser­vice et forme un tri­angle amou­reux avec Bonnasseintello et Beaubourge. Ah, et il trouve un mar­teau avec une rune dans le garage, et un soir où il est éner­vé, il le balance en l’air sur plu­sieurs kilo­mètres et explose la voi­ture de Vieuxbourge. Parce que le truc que la vieille a vu, c’est que Debilos est la réin­car­na­tion de Thor, et qu’il va donc être le prin­ci­pal adver­saire des gros bourges pour sau­ver la pla­nète.

Bon. Ben on n’a pas le cul sor­ti des ronces2.

David Stakston et Emma Bones dans Ragnarök
Okay, je t’ex­plique : si 1+1=2 et 2+1=3, alors on peut déduire que 1+1+1=3. Je sais, c’est com­pli­qué, mais tu as 17 ans, tu devrais y arri­ver. — pho­to Netflix

Parce que dans la grande famille Marvel, en fait, Debilos est vache­ment plus proche d’Iron Fist que de Thor.

Autrement dit : il est con, mais vrai­ment con.

Il lui faut six épi­sodes et une mise au point par la vioque pour com­men­cer à com­prendre vague­ment quelque chose. Bon, c’est vrai qu’on a brouillé les pistes : Odin (père et guide de Thor, et pre­mier à tom­ber lors du Ragnarök) prend la forme de sa cama­rade de classe Thunbergette, et Loki (hypo­crite séduc­teur qui pro­voque le Ragnarök) devient son frère3. Mais quand même, sa stu­pi­di­té est sou­vent le prin­ci­pal moteur de l’in­trigue, qui serait pliée en vingt minutes avec deux neu­rones de plus.

Magne tuant Trym
Comment ça, « si t’a­vais eu un demi-cer­veau t’au­rais pas lais­sé bien en évi­dence le cadavre du chien du type dont t’as déjà défon­cé la bagnole » ?

Donc voi­là, ça vou­drait être au Ragnarök ce que Teen Wolf est aux légendes de loups-garous et à la Bête du Gévaudan. Mais c’est plu­tôt un Iron Fist ado­les­cent qui débarque entre Greta Thunberg et Total. Ça se laisse regar­der, c’est même par­fois vague­ment rigo­lo, mais ça vole vrai­ment pas haut. Netflix a d’ores et déjà annon­cé une deuxième sai­son l’an pro­chain, mais je suis pas cer­tain que ce soit indis­pen­sable…

  1. Souvent tra­duit par « géants », mais en fait ce sont des créa­tures à part, pas for­cé­ment immenses.
  2. En même temps, quand on voit com­ment tourne le Ragnarök clas­sique, c’est assez cohé­rent.
  3. Modification déjà uti­li­sée chez Marvel, qui a très clai­re­ment ins­pi­ré cette adap­ta­tion nor­vé­gienne.