Solo : a Star wars story

de Ron Howard, 2018, ***

Vous connais­sez Han Solo ? Oui, c’est un contre­ban­dier à la morale variable, atta­ché à son vais­seau et à sa peluche de copi­lote, et qui n’a rien à foutre de per­sonne jus­qu’à sa ren­contre avec Leïa Organa.

Et bien, voi­ci sa jeu­nesse. Où on le découvre idéa­liste : il veut abso­lu­ment sau­ver sa copine, il suf­fit qu’on lui dise « oh ton employeur il est méchant avec nous » pour qu’il aide n’im­porte quelle rou­quine de pas­sage, tout ça. Il est aus­si super doué pour les langues (mais où a‑t-il appris le woo­kie ?) et capable de télé­por­ta­tion (com­ment il rat­trape Beckett au juste ?). Amateurs de cohé­rence, pas­sez votre che­min : le Han nou­veau est un prince Disney, pas un vau­rien Lucassien.

« Eh les mecs, les études de mar­ché sur les parents de 8–12 ans sont caté­go­riques : les bad boys, ça plaît pas.
— C’est bal­lot, on doit jus­te­ment racon­ter la jeu­nesse d’un contre­ban­dier sans morale…
— J’ai une idée : on pour­rait en faire un bad boy gen­til ?
— Ah oui, un contre­ban­dier hon­nête, qui veut pas tra­vailler pour des voleurs ! »
- pho­to Walt Disney Company

Le cas­ting est tou­jours cri­tique dans les Star wars. Celui-ci souffle le chaud et le froid : Harrelson, Clarke et Glover font leur taf (non sans cabo­ti­ner un peu par­fois), mais, euh, l’ac­teur prin­ci­pal, atten­dez, je vais retrou­ver son nom, bou­gez pas… Ehrenreich, c’est ça, est à peu près aus­si mar­quant que le décor de l’as­tro­port. La tra­di­tion selon laquelle l’ac­teur le plus trans­pa­rent porte le pre­mier rôle est donc respectée.

« Eh les mecs, faut qu’on fasse un truc rap­port à #metoo.
— On pour­rait mettre une femen ?
— C’est un Disney, le nombre de nichons auto­ri­sé est néga­tif.
— J’ai une idée : un robot femen !
— Ça a un sexe, un robot ?
— Et pour­quoi ça en aurait pas ? »
- pho­to Walt Disney Company

Notons en pas­sant un per­son­nage qui n’a pas fini de divi­ser les ana­lystes : L3-37. Dans l’es­prit des auteurs, j’i­ma­gine que ça devait être une sorte de Dobby vin­di­ca­tif por­tant haut les cou­leurs de la quête pour l’é­ga­li­té des droits ; mais le résul­tat, à mon humble avis, est une cari­ca­ture pesante d’une frange ultra-fémi­niste qui des­sert plu­tôt sa cause…

Tout à jeter ? Non, Dieu mer­ci. Si le scé­na­rio et quelques détails tech­niques sont débiles, cer­tains dia­logues fonc­tionnent et on sait enfin à quoi cor­res­pond ce raid de Kessel en 12 par­secs qui a fait hur­ler deux géné­ra­tions d’as­tro­phy­si­ciens. Par ailleurs, le côté « aven­tures » est bien mené : le savoir-faire de Ron Howard per­met aux scènes d’ac­tion d’être par­fai­te­ment ryth­mées et visuel­le­ment réus­sies, mal­gré une concep­tion par­fois fran­che­ment foi­reuse (je veux le nom du type qui a des­si­né ce train).

« Eh les mecs, si on fai­sait une attaque de train façon wes­tern ?
— Ouais, cool, jus­te­ment j’ai vu Snowpiercer, ça pète grave !
— Génial, faut faire mieux. Mais com­ment ?
— J’ai une idée : DEUX trans­per­ce­neiges l’un sur l’autre ! »
- pho­to Walt Disney Company

L’ensemble déroule donc avec faci­li­té, mul­ti­pliant les clins d’œil aux fans et tour­nant comme une hor­loge, mais souffre d’un manque réel d’ins­pi­ra­tion et d’un oubli com­plet de ce qui fai­sait le charme de Han Solo. Ça reste un grand spec­tacle agréable, ça confirme ample­ment que les pré-post­quelles (là, c’est l’é­pi­sode 3,25, en fait) dépassent lar­ge­ment la troi­sième tri­lo­gie, ça fait pas­ser un bon moment aux fans… et glo­ba­le­ment, ça en touche sans faire bou­ger l’autre.