American assassin

sombre bouse de Michael Cuesta, 2017

Vous vous sou­ve­nez de Coucourge ? Et bien figu­rez-vous qu’elle aime tou­jours les vacances au bord de la mer : elle est sur une plage d’Ibiza avec Concon, qui se filme avec son super Samsung Galaxy parce qu’il est trop cool. Et comme il est trop cool pour l’in­vi­ter au res­tau comme tout le monde, c’est là, alors qu’elle vient de se prendre une vague bien gla­cée et qu’il a dif­fu­sé sa réac­tion en direct sur Internet, qu’il lui accroche une bague autour du cou. Puis, vu qu’elle a dit « oui » et que les tou­ristes du monde entier applau­dissent, Concon va cher­cher à boire, en conti­nuant à se fil­mer. Là, Barbu et ses bar­bettes débarquent, tirent dans le tas, Coucourge décède sous les yeux de Concon qui est lais­sé pour mort à côté d’elle, sans même avoir le temps de lui appor­ter son Belza avec double dose de rhum.

Je suis heu­reuse : j’ai lu le script, dans deux minutes je suis libre. — pho­to CBS Films

Alors, comme Concon est par­ti­cu­liè­re­ment malin, il se laisse pous­ser la barbe, apprend l’a­rabe, contacte Barbu et lui dit qu’il veut deve­nir bar­bette, avec plein de sou­rates prises au hasard parce que le scé­na­riste aus­si est un peu concon. Et ça marche : Barbu l’in­vite en Syrie, Concon s’in­filtre jus­qu’à lui, et là la CIA débarque et bute tout le monde sauf Concon. Parce que la CIA cher­chait Barbu depuis des lustres et n’ar­ri­vait pas à le repé­rer, donc elle a sui­vi Concon, se dou­tant qu’il réus­si­rait là où ses dizaines d’a­gents échouent comme des blai­reaux.

Du coup, la sous-boss de la CIA est vache­ment impres­sion­née, et elle envoie Concon en camp d’en­traî­ne­ment chez Grosdur, le méchant-mais-impla­cable-mais-gen­til-au-fond vété­ran qui mène une cel­lule clan­des­tine de la CIA. Là, Concon se fout sur la gueule avec Bientomort, le meilleur élève de Grosdur, et Grosdur le pour­rit parce qu’il sait pas obéir, mais tout le monde part dans la fou­lée en opé­ra­tion en Turquie sur la trace de plu­to­nium que les Russes ont mal ran­gé et qui pour­rait finir en Iran. Puis Concon déso­béit, Grosdur le pour­rit parce qu’il sait pas obéir, mais tout le monde part en Italie sur la trace de plu­to­nium que les Russes…

Comme le scé­na­riste est plein d’in­tel­li­gence et de sub­ti­li­té, vous bou­clez deux-trois fois sur ce pitch, et puis vous finis­sez avec une bombe au plu­to­nium que Mononcle, un fameux bri­co­leur, a assem­blée dans un sou­ter­rain, Grosdur qui joue le gros dur pen­dant que Méchant le tor­ture, et la Sixième Flotte elle-même qui fait des ronds dans la mer Tyrrhénienne en atten­dant qu’on lui envoie une bombe sur la gueule.

La ven­geance, c’est mal. Alors si tu vois un scé­na­riste, tu vises la tête, sans le faire souf­frir. — pho­to Christian Black pour CBS Films

Bref, y’a des jours dans la vie où on sait qu’on a fait une conne­rie. Genre là, hier, vers 12h30, je savais qu’en­trer dans cette salle de ciné avait été une erreur. Et il res­tait une heure qua­rante de film. Néanmoins, je me convain­quis que ça ne pou­vait pas être tout du même niveau et déci­dai de res­ter jus­qu’au bout. C’est là que mon erreur ini­tiale se trans­forme en conne­rie : se trom­per est humain, per­sé­vé­rer est dia­bo­lique.

American assas­sin n’est pas inco­hé­rent ; il est inco­hé­rence. C’est la matière pre­mière, de Barbu qui pense pas une seconde à se ren­sei­gner sur Concon avant de l’in­vi­ter à boire le thé à Méchant qui a inven­té la télé­por­ta­tion — puis­qu’il fait cin­quante nau­tiques en moins de vingt minutes avec un bateau. Ça culmine avec ce para­doxe omni­pré­sent : le film répète à l’en­vi que la ven­geance, c’est mal, mais montre sys­té­ma­ti­que­ment à quel point la ven­geance, c’est cool.

— Dis, fran­che­ment, c’est un pro­blème que j’aie la pré­sence d’une endive cuite ?
— Pas autant que le fait que j’aie les répliques d’une endive cuite…
- pho­to Christian Black pour CBS Films

Mais ça ne serait rien sans une réa­li­sa­tion qui vire­volte d’une bas­ton à l’autre sans se deman­der s’il est pos­sible de suivre, sans un acteur prin­ci­pal qui n’au­rait jamais dû trou­ver la sor­tie du laby­rinthe, sans des ellipses qui donnent l’im­pres­sion de finir à Rome une bas­ton com­men­cée dans les rues d’Istanbul, sans un second rôle fémi­nin qui empile les cli­chés et n’en sort que pour débi­ter les pires répliques de l’his­toire du film d’ac­tion, sans des rebon­dis­se­ments dignes d’un kan­gou­rou uni­jam­biste lâché sur une tram­po­line troué…

Bien sûr, la pho­to est fort réus­sie (il faut dire que La Valette et Rome forment un cadre enviable) et les non-amé­ri­cains uti­lisent d’autres langues que l’an­glais, ce qui est tou­jours bon à prendre. Mais en sor­tant de là, j’a­vais vague­ment l’im­pres­sion d’a­voir man­gé mon propre cer­veau, puis d’a­voir vomi par le nez et d’a­voir uti­li­sé le résul­tat pour assai­son­ner une polen­ta trop cuite. C’était pas super digeste.