The program

de Stephen Frears, 2015, ***

Le tour de France est un sport fascinant. Je ne parle pas, bien entendu, de la compétition entre pédaleurs pour déterminer lequel sera habillé en jaune à la fin juillet, non, celle-ci est aussi passionnante qu’une course de Formule 1 (sauf que ça va plus vite) ou qu’un match de foot (sauf qu’il y plus de joueurs). Non, la lutte fascinante oppose deux équipes : les coureurs et les autorités. Chaque année, les premiers font tout ce qu’ils peuvent pour devenir plus rapides malgré les limites de la mécanique et de la biologie ; chaque année, les seconds font tout ce qu’ils peuvent pour que les premiers respectent les limites de la mécanique et de la biologie. La plupart du temps, les coureurs gagnent ; mais de temps en temps, une surprise apparaît, les autorités l’emportent et Virenque pleure.

C’est à cette compétition que rend hommage The program, en s’intéressant à l’une de ses épreuves les plus fameuses : le face-à-face US Postal / Usada, qui dura une dizaine d’années et se conclut sur une victoire totale de l’Usada (agence anti-dopage américaine), pourtant complètement larguée en début de course mais qui réalisa une remontée spectaculaire sur la fin, bien aidée par une poignée de journalistes (dont un seul est présent dans le film).

À la fois héros et vilain de cette épopée : Lance Armstrong, un bon sprinteur qui manquait de VO₂max et de rapport poids/puissance pour briller sur les grandes épreuves et en montagne. Une orchidectomie et une décennie plus tard, il remportait sept tours de France en écrasant les concurrents dans les montées alpestres et pyrénéennes, prenant une avance spectaculaire sur une Usada et une Union cycliste internationale dépassées.

La vraie compétition est là : l'enfumage en conférence de presse. photo StudioCanal
La vraie compétition se joue là : l’enfumage en conférence de presse. photo StudioCanal

On notera bien entendu en premier lieu la prestation de Ben Foster, excellent de bout en bout ; Chris O’Down s’en sort également avec les honneurs dans une rôle bien plus sérieux que ceux auxquels il nous a habitués. On n’en dira hélas pas autant de tous les acteurs, et je suis convaincu que n’importe quel Italien pris au hasard dans la rue aurait été un meilleur choix que Guillaume Canet, qui essaie de masquer son accent français en parlant anglais avec un accent italien caricatural : si les langues sont inversées, le résultat est presque aussi crédible que Brad Pitt s’essayant au rital dans Inglourious basterds.

Sur le plan technique, le film est franchement réussi, avec une photo honnête (les scènes de course se mêlent aux images d’archive, il ne fallait donc pas faire trop moderne), un montage réussi qui s’offre une poignée d’accélérations spectaculaires aux moments opportuns, ainsi qu’un scénario soigneusement fabriqué qui évite de se contenter du biopic et pioche quelques éléments de polar. Le principal sujet, c’est la course entre coureurs et agence anti-dopage, plus que le seul Lance Armstrong, et les intrigues annexes (notamment la frustration qui mènera Floyd Landis, récemment contrôlé positif, à balancer tout le programme) sont assez développées pour nourrir l’histoire et assez discrètes pour ne pas l’envahir.

À l’heure du bilan, rien de très original ni de révolutionnaire, mais rien de mauvais non plus. The program ne sera pas le film de l’année, mais c’est un petit thriller historique tout à fait honnête.

  • Patale

    As tu aperçu tes parents parmi les spectateurs dans La Grave, ou ta Caravelle au bord de la route au dessus ?… Si, si, ils y étaient !
    Pas garanti qu’on nous voit… ou il faudrait passer les séquences au ralenti ;-)…