Youth

de Paolo Sorrentino, 2015, ****/*

Ça ne m’arrive pas souvent de mettre deux notes à la fois. La raison est simple : Youth¹ n’est pas dans cet entre-deux inconfortable d’un film qui a des qualités et des défauts ; il est profondément excellent et, tout aussi profondément, vain.

On peut toujours découper : dialogues impeccables, acteurs excellents, photo superbe et maîtrise parfaite sont à classer parmi les points positifs ; le montage contemplatif peut pour sa part sembler un peu mou et le finale est clairement la scène de trop qu’il aurait fallu couper.

Mais en réalité, ce sont les mêmes points qui font de Youth une très grande réussite et un échec relatif. Sa galerie de portraits est fine, variée et complexe. En explorant les relations entre pensionnaires d’un hôtel suisse, il traite de famille, de réussite professionnelle et personnelle, d’ambition, de désir, de création, de vieillesse, d’amour, d’amitié et bien sûr de prostate. Tout est subtil, mélancolique, parfois drôle, attendrissant et parfois triste.

Spectacles du soir dans l'hôtel : Les Bronzés version suisse, ça a l'air fun. photo Wild Bunch
Spectacles du soir dans l’hôtel : Les bronzés version suisse, ça a l’air fun. photo Wild Bunch

Mais c’est cette galerie de portraits même qui finit par être un problème : le film semble en fait n’avoir pas de vrai propos, pas de vrai but autre que de présenter ses personnages et leurs relations. Certes, il y a un fil conducteur, mais son aboutissement est tellement hors de propos que le réalisateur l’a mêlé au générique (au passage, c’est paradoxalement amusant, la difficulté de trouver la bonne fin d’un film étant un des enjeux évoqués).

C’est donc à la fois une galerie de portraits touchante et émouvante, et une galerie de portraits vaine et prétentieuse. Comme dans un alliage de plomb et d’or, il est difficile de départager les deux éléments.

¹ En tant que fondateur, président et unique membre du Comité anti-traductions foireuses, vous vous doutez que j’ai tiqué en voyant « youth » comme titre français d’un réalisateur italien, surtout qu’Allociné cite « la giovinezza » comme titre original. Mais c’est Allociné qui se plante : le titre de distribution en Italie est Youth – La giovinezza et l’affiche italienne montre que « youth » est écrit en très très gros, comme sur l’affiche française. J’ai donc conservé le titre abrégé utilisé en France. Pour ceux qui se demande, « la giovinezza » signifie exactement la même chose que « youth » : « la jeunesse ».

  • Patale

    Voilà qui devrait faire un tabac :
    « pas de vrai but autre que de présenter ses personnages et leurs relations…
    une galerie de portraits touchante et émouvante, et une galerie de portraits vaine et prétentieuse. »
    N’est ce pas là la recette de ces « télé-réalités » en vases clos qui envahissent nos programmes télé ?
    Certainement plus de plomb que d’or dans ces émissions, à par, peut être, pour les producteurs…
    Mais vu le nombre de créations du genre, c’est qu’il doit y avoir de la demande !