Timbuktu

de Adberrahmane Sissako, 2014, ****

L’histoire d’un éleveur, de son troupeau et de sa famille ; d’un pêcheur, de ses filets et de son fleuve ; de musiciens, de leur art et de leur ville ; de djihadistes, de leurs délires et de leurs tribunaux.

Évidemment d’une actualité brûlante, Timbuktu confine parfois au documentaire — dans le quotidien de la famille touareg ou lorsque le pêcheur étend ses filets, on ne serait presque pas surpris d’entendre une voix-off commenter la scène. Il propose pourtant un scénario construit, avec deux fils rouges assez simples agrémentés de scènes de vies variées ; il illustre tout à la fois la vie des habitants et l’invasion des islamistes, les difficultés de communications entre les uns et les autres, les résistances diverses (libertaire, religieuse ou symbolique) toutes aussi inefficaces, et même les petits paradoxes de tout un chacun. Les problèmes de communication sont particulièrement palpables, le film étant tourné en langues réelles – tamacheq, bambara, arabe, français et anglais¹ – et illustrant le problème dès la première scène, avec un type qui gueule dans un porte-voix qu’il traduira en bambara après avoir fini de parler.

L’ensemble n’est pas exempt de faiblesses, notamment du côté du rythme et d’une direction d’acteurs parfois inégale, mais c’est très joli, sincère et profondément édifiant, donc tout à fait recommandable.

¹ Au passage, quand Allociné vous dit qu’un film africain est en « version française », ne le croyez pas et partez du principe que les personnages parlent français quand ils doivent parler français.