Rocky IV

de Sylvester Stallone, 1985, *

À la base, c’est un copier-col­ler vague­ment modi­fié de Rocky III : un adver­saire tech­ni­que­ment supé­rieur qui lance un défi, quelques scènes comiques plus ou moins lourdes, un entraî­ne­ment vague­ment bâclé qui sous-estime l’opposant, une pre­mière défaite avec la mort d’un proche à la clef (cette fois, c’est Apollo qui s’y colle, dans un duel qui rap­pelle vague­ment un bien plus récent Mormeck-Klitschko), un entraî­ne­ment achar­né, puis un match qui s’éternise et semble s’orienter vers une défaite aux points avant un retour­ne­ment dans les der­nières reprises. Bref, zéro ori­gi­na­li­té, rien à signa­ler à part peut-être noter que Sly, qui avait appris à lever les bras et à se pro­té­ger dans sa bulle face à Mr T., se remet à lais­ser traî­ner les mains à hau­teur de la taille.

En revanche, y’a un truc notable : le pré­texte change radi­ca­le­ment. Alors que les trois pre­miers volumes étaient des his­toires d’envie de faire ses preuves, de paresse cou­pable et de rage de vaincre, le qua­trième se résume à l’affrontement entre gen­tils Américains, qui savent s’amuser, rigo­ler et faire des matches ami­caux, et vilains Soviétiques qui fonc­tionnent comme des robots et mas­sacrent les gens à la pre­mière occa­sion. Les deux der­nières séquences tentent bien de désa­mor­cer cet écueil en plai­dant la récon­ci­lia­tion, mais avant cela il y a une heure vingt de mani­chéisme patrio­tique assez ger­bant. Certes, en 1985, Reagan était tou­jours pré­sident des États-Unis, mais il était dif­fi­cile de mécon­naître les mou­ve­ments d’ouverture de l’URSS, qui sor­tait de deux années sous la direc­tion rela­ti­ve­ment libé­rale d’Andropov et se pré­pa­rait à accueillir la révo­lu­tion Gorbatchev. Ces sovié­tiques pré­sen­tés avec la sub­ti­li­té des pires heures de Rambo III étaient donc déjà un peu ana­chro­niques pour qui­conque s’intéressait vague­ment à l’URSS, ce qui est quand même la moindre des choses quand on en fait un élé­ment cen­tral d’un film.

Même chose pour l’opposition sté­rile entre entraî­ne­ment scien­ti­fique du robot Drago et tra­vail façon sys­tème D du gen­til Rocky : c’est naze et contraire à toute logique. À l’époque, même un uni­vers aus­si tra­di­tio­na­liste et rétro­grade que celui du sumo avait admis l’intérêt d’un tra­vail de mus­cu­la­tion sur­veillé et scien­ti­fique, et même l’Allemagne de l’Est savait qu’un entraî­ne­ment ne pou­vait se faire entiè­re­ment en salle de mus­cu.

Rocky IV mérite donc aisé­ment sa place au para­dis des nanars incultes. Il y a quand même un truc posi­tif à noter : les cadrages et les choix esthé­tiques de la mon­tée sur le ring, qui rap­pellent tour à tour l’imagerie de pro­pa­gande sovié­tique (visage clair de trois quarts en plan poi­trine, arrière-plan uni et men­ton levé) côté Drogo et les codes du… duel de wes­tern spa­ghet­ti (visage sombre en gros plan fron­tal) de l’autre. Ça dure trente secondes, mais c’est un vrai bou­lot de met­teur en scène ou de direc­teur de la pho­to­gra­phie.

Accessoirement, pour les gens de ma géné­ra­tion, il faut avoir vu Rocky IV pour sai­sir les vannes Stallone-Lundgren dans The expen­dables. Mais ça change rien à son sta­tut de bon gros navet bien juteux.