Le loup de Wall street

de Martin Scorsese, 2013, ****

La drogue, c’est mal. D’abord, c’est cool, on est content d’en avoir, et puis on en veut tou­jours plus, on sait plus en sor­tir et on perd com­plè­te­ment le contrôle. Et l’argent ? Ben… L’argent est une drogue comme les autres.

Voilà, en somme, ce qui res­sort du Loup de Wall street, le nou­veau Scorsese. Celui-ci lorgne osten­si­ble­ment du côté de Wall street, d’Oliver Stone : le per­son­nage prin­ci­pal pour­rait être un des jeunes loups qui se lancent à la chute de Gekko et qui, autour de 1990, s’en mettent plein les fouilles en pré­pa­rant les crashes de la fin du siècle. Cyniques, arri­vistes, égo­cen­triques et pro­fon­dé­ment dépour­vus de scru­pules, les per­son­nages sont des cre­vures convain­cues que tout est per­mis à par­tir d’un cer­tain nombre de mil­lions de dol­lars. Même si l’alternance gloire-chute et la course contre la SEC est inté­res­sante, l’enjeu du film n’est donc pas vrai­ment de voir un sem­blant de jus­tice (ces gens-là retombent tou­jours sur leurs pattes) mais de plon­ger dans la tête d’un vrai cynique pour voir ce qu’il s’y passe.

À l’habitude de Scorsese, la réa­li­sa­tion est assez inat­ta­quable (Marty sait s’entourer, avec sa mon­teuse atti­trée depuis vingt ans, le direc­teur pho­to du Secret de Brokeback moun­tain et un cas­ting à faire pleu­rer), mais le scé­na­rio ne manque pas de lour­deurs et de lan­gueurs éparses, cer­tains pas­sages étant fran­che­ment lourds et un poil répé­ti­tif. Au delà de la fas­ci­na­tion mor­bide que l’on peut res­sen­tir pour le per­son­nage prin­ci­pal, le film est donc très bon, mais n’atteint pas vrai­ment la gran­deur.