No

de Pablo Larraín, 2012, ***

En 1988, Pinochet cherche une légitimité populaire et organise un référendum pour son maintien au pouvoir. Libre de s’exprimer pour la première fois depuis 1973, l’opposition en profite et finit par le dessouder de son siège.

No, c’est l’histoire romancée et fantasmée de cette percée de l’opposition et, plus particulièrement, de la façon dont une campagne positive a pu convaincre les indécis et les abstentionnistes. C’est un hommage au choix, plutôt osé, de mettre en avant l’avenir du Chili plutôt que les douleurs endurées pendant quinze ans, de miser sur une promesse d’amélioration plutôt que sur celle de dégager le dictateur, bref, de parler « pour » plutôt que « contre ».

C’est aussi un hommage assez tordu à la puissance de manipulation de la propagande, la campagne étant ouvertement et directement inspirée de publicités contemporaines — joie, chants, humour décalé… Et c’est, à travers les responsables des deux campagnes, la lutte entre deux générations de communicants, qui font le même métier mais pas tout à fait de la même manière, et la prise de pouvoir de la publicité sur la communication factuelle, que l’on retrouve désormais dans toutes les campagnes politiques de la planète.

Tout cela paraît bel et bon, mais No est assez criticable. D’abord, il mélange en permanence réalité et fiction. Délibérément filmé à l’ancienne, le film est un festival d’aberrations chromatiques, de bordures d’accentuation et de mise au point aléatoire ; l’objectif était de mélanger images d’archives des années 80 et séquences modernes sans que le spectateur puisse spontanément dire laquelle est laquelle. C’est réussi et perturbant, masquant les aspects romancés pour plonger dans un pseudo-reportage, travestissant le film en documentaire.

Or, No n’est pas un documentaire. Centré sur la campagne télévisée et son tournant publicitaire, il passe sous silence tout le reste du référendum, des efforts pour inscrire les abstentionnistes aux arguments bien réels de Pinochet — qui, tout dictateur militaire et autocrate qu’il était, a également beaucoup modernisé le pays, réalisé des grands travaux notamment pour désenclaver le sud et pouvait revendiquer un bilan intérieur beaucoup plus mitigé que ce qu’on en voyait de chez nous¹. La forme est celle du documentaire, mais le fond est une fable reflétant les idées du scénariste : l’opposition entre les deux justifie sans doute les accusations d’imposture lues à l’encontre du film.

Celui-ci reste pourtant plutôt agréable une fois que l’on a dépassé l’horreur graphique qu’il représente et, s’il n’est en rien documentaire sur les raisons profondes du renversement de Pinochet, ses observations sur le pouvoir de la publicité sont remarquablement d’actualité et méritent qu’on s’y arrête.

¹ Oui, j’ai révisé récemment. ^^

Voir aussi :

  • Allegria pour les ophtalmos…