Hitchcock

de Sacha Gervasi, 2012, ****

Le « biopic », c’est toujours un peu dangereux. La tentation est grande, pour les auteurs, de basculer dans l’hagiographie ou dans le ridicule, selon leur point de vue sur leur personnage. Et pour quelques chefs-d’œuvre (Ali ou Aviator), d’autres, y compris les plus grands, se sont cassé la gueule (Invictus, J. Edgar, Tucker…) Quant à faire un méta-film, un « film sur un film », cela peut facilement mener à l’auto-satisfaction et à l’interrogation finalement assez vide de sens (si vous avez vu Le mépris… dites-vous que c’est loin d’être le pire !).

Alors, quand on annonce un film racontant Alfred Hitchcock, réalisateur de cinéma considéré comme un génie absolu, au moment de la création de Psychose, peut-être son film le plus connu et le plus critiqué¹, on se dit que ça sent le pari particulièrement inquiétant.

Mais là, les scénaristes ont trouvé une astuce : finalement, Hitchcock ne parle pas tant d’Alfred Hitchcock que d’Alma Reville, sa femme, conseillère et parfois monteuse. Et rendons à César ce qui lui revient : le film ne serait pas ce qu’il est sans la prestation impeccable, non, superbe, mieux : admirable, de Hellen Mirren (au passage, c’est un vrai scandale qu’elle n’ait pas été citée pour un Oscar). Sublime, classe, réservée, souriante ou mordante, amoureuse, amicale ou assassine, elle est parfaite de bout en bout et donne corps à son personnage avec une vérité stupéfiante.

Témoin privilégié et actrice occultée de la création du Maître, Reville est parfaitement placée pour applaudir et critiquer : le génie de son mari, elle est la première à le reconnaître, jusqu’à lui faire confiance contre tous les conseils ; elle est également aux premières loges pour voir l’ambiguïté perverse de son rapport aux actrices, sa tendance mégalomane ou ses errements maniaques. Et si elle est forcément la personne qui le soutient jusqu’au bout, elle est aussi celle qui, plus que quiconque, peut lui rabattre le claquet d’une réplique cinglante qui pourrait rester dans l’Histoire.

Du coup, Hitchcock est un film sur une femme forte, qui reste dans l’ombre colossale de son époux mais exerce sur lui une influence décisive. Le montage de Psychose et les difficultés qu’il a posées, le jeu de séduction-effroi entre Alfred et Janet Leigh, la tentation de mener son propre projet en parallèle, tout cela est là pour rééquilibrer les choses entre le « great and glorious Alfred Hitchcock » et sa moitié invisible que tous ignorent.

Ajoutons une paire de dialogues forts réussis, quelques clins d’œil amusants (comme l’introduction et la conclusion façon Alfred Hitchcock presents), une photo et une réalisation soignées à défaut d’être grandioses, et l’on obtient un film fort agréable, qui souffre bien d’un petit essoufflement vers le milieu mais reste une franche réussite.

Note personnelle : faudra quand même que je pense à voir Psychose un jour.

¹ Critique étant entendu ici à son sens complet, louanges comme blâmes.