Le hobbit : un voyage inattendu

de Peter Jackson, 2012, ***

Les hob­bits sont petits, dis­crets, ils savent se fau­fi­ler le pied léger et pas­ser inaper­çus, et les dra­gons ne connaissent pas leur odeur. Donc, pour aller récu­pé­rer ce qui appar­te­nait aux nains et a été pris par un dra­gon, il faut un hob­bit. Voilà com­ment Bilbon Sacquet, pai­sible pleutre de la Comté, se retrouve embar­qué avec Gandalf, magi­cien gris, et une tri­po­tée de nains dans une quête héroïque.

Artistiquement, la sur­prise n’est plus : on connaît la Terre du milieu de Peter Jackson depuis sa remar­quable adap­ta­tion du Seigneur des anneaux. Et ici, la paren­té est d’autant plus évi­dente que Jackson n’hésite pas à dis­sé­mi­ner les clins d’œil à son œuvre précédente/suivante (publier Le hob­bit après Le sei­gneur des anneaux, c’est un peu comme, je sais pas… Imaginez qu’on ait publié les trois pre­miers La guerre des étoiles après les trois der­niers, par exemple). Ainsi, Un voyage inat­ten­du com­mence avec Frodon plu­tôt qu’avec Bilbon, l’ensemble du film étant construit comme un grand flash-back.

Techniquement, le pas­sage à la sté­réo­sco­pie est l’occasion d’un choix dis­cu­table de réa­li­sa­tion : le plan de conver­gence, sur les por­traits en par­ti­cu­lier, est régu­liè­re­ment situé un peu en avant de l’écran (autre­ment dit, les visages sont en léger sur­gis­se­ment), ce qui donne une meilleure impres­sion de relief et de proxi­mi­té des per­son­nages. Mais du coup, le cer­veau doit caler les yeux un peu en avant de leur zone de mise au point, ce qui est un peu per­tur­bant : j’ai noté ce genre de phé­no­mène dans tous les films où je me suis sen­ti mal à l’aise, et sur ceux où j’ai trou­vé le relief par­ti­cu­liè­re­ment natu­rel, le plan de pro­jec­tion et le plan de conver­gence étaient presque sys­té­ma­ti­que­ment confon­dus. (NB : je l’ai vu en 24 images par seconde, les UGC et mk2 ne dif­fu­sant pas en 48 i/s, donc je ne par­le­rai pas de cette nou­veau­té tech­nique.)

En dehors de cela, on retrouve la réa­li­sa­tion déjà vue sur Le sei­gneur des anneaux, plu­tôt flam­boyante et assez réus­sie. Il y a tout de même quelques lon­gueurs, ce qui va faire peur à ceux qui ont déjà trou­vé les trois Seigneur des anneaux trop longs ; c’est sans doute dû à un truc tout bête, l’idée de faire envi­ron 8 h de film (il y aura trois Hobbit) à par­tir de 500 pages de roman, alors que Le sei­gneur des anneaux durait dix heures pour 1800 pages. Bien sûr, Tolkien avait beau­coup moins détaillé et fouillé Bilbo le hob­bit que Le sei­gneur des anneaux, mais c’est loin de rat­tra­per la dif­fé­rence et cer­tains pas­sages du film sont inuti­le­ment mous, en par­ti­cu­lier dans la pre­mière par­tie (et la fuite de la mine à la fin, aus­si).

Dans l’ensemble, Le hob­bit : un voyage inat­ten­du roule donc dans les traces de son aîné, sans l’effet nou­veau­té, sans la « claque » gra­phique, et avec un rythme moins sou­te­nu et des dia­logues très « écrits ». Heureusement, quelques scènes viennent rehaus­ser le niveau, et la ren­contre entre Bilbon et Gollum est une réus­site abso­lue, le « what have I got in my pocket ? » fonc­tion­nant aus­si bien que dans le roman.

Ça reste donc agréable à regar­der, mais l’on est loin du coup de cœur que j’avais eu pour La com­mu­nau­té de l’anneau il y a une décen­nie.