Californication, saison 5

Je crois que ça m’était jamais arri­vé : je viens de me faire une sai­son com­plète d’une série, d’affilée, sans me lever de mon siège à part pour aller aux toi­lettes. Douze épi­sodes d’une demi-heure, soit six heures de Californication sans décro­cher.

Il faut dire que j’avais raté la dif­fu­sion de cette cin­quième sai­son, sans doute parce que la fin de la qua­trième était tout sim­ple­ment par­faite : elle com­plé­tait la série en concluant la période cali­for­nienne de Hank, annon­çait un nou­veau départ vers une vie dif­fé­rente, bref, accor­dait une sor­tie et une conclu­sion logiques où le per­son­nage gran­dis­sait enfin un peu. Et puis, finir sur un mélange de ver­sions de You can’t always get what you want, c’était pas mal.

Donc, j’ai décou­vert l’existence de la sai­son 5 alors qu’elle était ter­mi­née, et j’ai rat­tra­pé tout mon retard en une fois.

Je crois que ça dit bien que cette cin­quième année est assez accro­cheuse. Ou que Hank me man­quait, allez savoir. Ou que j’étais très inquiet de voir où ils allaient mener la série après que la boucle a été bou­clée.

Le truc assez dingue, c’est que la nou­velle Californication est exac­te­ment comme les pré­cé­dentes, tout en étant radi­ca­le­ment dif­fé­rente. Toujours sex, drugs and rock’n’roll, tou­jours rem­plie de per­son­nages pathé­tiques cou­rant après leurs bas ins­tincts, puis essayant de rat­tra­per les conne­ries que leurs pul­sions leur ont fait com­mettre, tou­jours habi­tée de bonne musique et d’humour noir… mais.

Mais Hank a gran­di, effec­ti­ve­ment : d’ailleurs, sa Porsche de loca­tion garde ses deux phares indemnes. Les deux années pas­sées à New York, loin des siennes (les siens, il s’en fout un peu, en fait), lui ont per­mis de prendre un peu de recul. De com­prendre, par exemple, que même si Karen et lui s’aiment tou­jours, ça reste voué à l’échec, et que s’il est le père de Becca, il n’est pas pour autant à l’abri de la voir elle aus­si le jeter. De com­prendre, aus­si, que bai­ser des coups d’un soir ne fera pas de lui quelqu’un de plus com­plet et ne lui ôte­ra nul­le­ment son dégoût de lui-même. Et peut-être même d’admettre qu’il est à peu près un trou­duc comme les autres, ni meilleur ni pire.

L’enjeu de cette dou­zaine d’épisodes est en effet là : la confron­ta­tion entre Hank Moody et les autres Hank Moody. Le nou­vel époux de Karen, lui aus­si écri­vain, lui aus­si égo­cen­trique, lui aus­si alcoo­lique ; le petit ami de Becca, auteur en deve­nir et cou­reur de jupons, qui a tout d’un Hank jeune.

Les à-côtés nar­ra­tifs sup­por­tant cette trame glo­bale sont, eux, peut-être trop proches de la sai­son 2 : avec un rap­peur carac­té­riel sou­hai­tant deve­nir acteur, les auteurs ont ten­té de nous refaire le coup de Lew Ashby, et l’étudiante en cui­sine / baby­sit­ter de Runkle est une resu­cée¹ de l’actrice por­no. La sai­son 2 était peut-être la meilleure, mais la cal­quer ain­si n’est pas pour autant signe de génie…

Ça n’empêche que voir Hank confron­té à ses clones, cher­chant à évi­ter à la fille ce qu’il a impo­sé à la mère, et prendre conscience du fait qu’il n’y aura tou­jours qu’une femme dans sa vie quel que soit le nombre de celles qui passent dans son lit, est fort jouis­sif. De même que le voir prendre la res­pon­sa­bi­li­té d’actes d’autres trou­ducs pour épar­gner ses femmes, alors même qu’il a refu­sé pen­dant vingt ans de prendre ses propres res­pon­sa­bi­li­tés : je crois que c’est la pre­mière fois qu’un autre per­son­nage est ame­né à lui pré­sen­ter des excuses — et le plus dingue, c’est qu’il les mérite.

Du coup, dans l’ensemble, ça reste très réus­si, tout à la fois amu­sant, affli­geant, jouis­sif et émou­vant.

Au pas­sage, mer­ci encore à la blonde qui m’a convain­cu de regar­der cette série, que j’avais déci­dé d’ignorer après avoir vu un mor­ceau d’épisode un soir sur M6 : des fois, ma pre­mière impres­sion est mau­vaise, et je finis heu­reux d’être reve­nu sur mon opi­nion.

¹ Oui, l’utilisation de ce mot est volon­taire. Oui, j’ai honte. Un peu.

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