Alien : la résurrection

de Jean-Pierre Jeunet, 1997, ***

Que faire pour relancer une série, lorsque le dernier opus en date finit par le suicide de l’héroïne ? Cette question, Jeunet et Whedon (scénariste de ce quatrième épisode) l’évacuent en trente secondes : le clonage, c’est miraculeux, et Ripley 2.0 aura même récupéré la mémoire de Ripley par un mécanisme qu’on prendra soin de ne pas expliquer. Et comme, quand on clone un organisme, on clone aussi tous ceux qui vivent à l’intérieur, l’alien qu’elle portait à sa mort est lui aussi récréé, avant d’être extrait et traité en petit prince.

On l’aura compris, le réalisme n’est pas, loin s’en faut, la qualité dominante de La résurrection. La subtilité non plus : jamais la Weyland-Yutani n’avait été aussi ouvertement nuisible, jamais le traitement n’avait été aussi manichéen — malgré le passage de James Cameron, pas réputé pour sa subtilité.

Et puis, on trouve cette obsession de Jeunet pour le gros plan au grand-angle, vous savez, le cadrage qui vous donne l’impression de regarder un personnage à trois centimètres de son visage tout en surveillant l’arrière-plan. Ça peut donner un style poétique pour l’histoire d’une gentille courge qui aime tout le monde… mais dans un film d’action, ça le fait pas, surtout quand le personnage en gros plan sort systématiquement un truc qui ne s’intègre pas au script — oui, parce que l’idée, c’est que le réalisateur utilise cet effet pour appuyer sur une phrase qu’il considère importante, qui du coup se retrouve extraite de la ligne narratrice à la façon d’un pavé hors-texte dans un article de presse.

Vu d’ici, vous commencez à comprendre : je n’ai pas aimé La résurrection. Pourtant, c’est « fréquentable ». Alors pourquoi ?

C’est simple et ça tient en deux mots : Sigourney et Winona.

La nouvelle Ripley a du sang alien (oui, apparemment, quand on clone deux organismes, ils se mélangent un peu…), et Sigourney passe le film à jouer là-dessus : toujours entre deux, avec des attitudes et des regards directement inspirés de ceux des bestioles, elle est aussi froide et flippante que les aliens eux-mêmes. Elle est aussi, désormais, exclue de l’humanité, à la fois en tant que mère d’aliens et en tant qu’être recréé, artificiel en somme ; et sa relation avec Call, androïde elle-même un peu en marge des bipèdes de chair et de sang, évolue de la franche hostilité à un certain respect, voire à une forme de complicité affectueuse.

Ce jeu des deux femmes — qui n’en sont ni l’une ni l’autre — est le truc intéressant, nouveau, qui sauve le film du statut de pâle resucée de Alien³ avec des scientifiques et des mercenaires à la place des taulards.

Mais ça reste, clairement, le maillon faible de la tétralogie.