De rouille et d’os

de Jacques Audiard, 2012, **

J’aime bien les histoires de gueules cassées, vous savez, celles où des gens démolis par la vie essaient de survivre ― ou de se suicider à leur façon. Les êtres blasés qui doivent réapprendre à vivre au hasard de rencontres ou d’événements qui viennent réveiller leur morne existence, les The wrestler et les Crazy heart

Alors, vous pensez, l’histoire d’un looser brutal, qui récupère son fils par accident et se réfugie chez sa sœur, et d’une dresseuse d’orques éduquée, qui perd ses deux jambes suite à un accident, sur le papier, ça a tout bon. Même avec Marion Cotillard, qui perd ici son côté femme fatale énervante pour devenir une sorte de fantôme assez réussi.

Mais voilà : une bonne idée et de bons acteurs ne font rien, même bien photographiés et montés, si le réalisateur a décidé de faire de son film une démonstration. Audiard appuie à mort sur son concept, survole les émotions potentielles pour mieux foncer vers des scènes où il pourra rappeler qu’elle a une force de caractère admirable, qu’il a l’esprit épais comme la coque du Bismarck, qu’elle hésite et espère pendant qu’il déconne grave, bref, où il pourra appuyer un peu plus sur les stéréotypes qu’il a faits d’une paire de personnages qui auraient mérité plus de subtilité.

Mais le truc qui fout vraiment en l’air le film, c’est d’avoir raté un « cut » très efficace (juste après « tu t’attendais à quoi ? ») pour rajouter un dernier quart d’heure hors sujet et techniquement ridicule ― parce que bon, de la glace qui cède sous le poids d’un minot de cinq ans, un boxeur pro n’a pas besoin de taper dessus pour la casser…

Au final, j’ai souvent eu l’impression d’avoir le réalisateur au dessus de l’épaule, en train de me souffler : « t’as vu comme c’est émouvant ? T’as vu comme c’est beau ? Hein ? T’as vu ? », ce qui est terriblement agaçant… Le potentiel était pourtant clairement là.