Les fantômes du Titanic

de James Cameron, 2003, ***

En 1997, James a fait un film. Ça s’appelait Titanic et c’était sympa. Mais James, déjà maniaque de l’univers sous-marin depuis Abyss, en est ressorti un peu obsédé par ce satané paquebot, au point de vouloir faire un documentaire sur le bestiau. Au passage, il en profite pour assembler des caméras et les faire fonctionner par paires, avec l’aide d’un bricoleur habitué aux tournages sous-marins qu’il avait rencontré sur Abyss, Vince Pace : ça ne s’appelle pas encore la Pace Fusion 3D, mais c’est déjà le bidule monstrueux qui permet de faire de la vraie stéréoscopie avec un flux de production à peu près gérable. Donc, pour la petite histoire, Les fantômes du Titanic est le premier film de Cameron en stéréoscopie, bien avant Avatar. J’arrête là pour la technique, de toute façon j’ai vu la version DVD, un poil plus longue, recadrée en format large et sans « 3D ».

Les fantômes du Titanic est une histoire d’exploration abyssale, traitant en fait deux sujets : l’exploration elle-même, avec ses problèmes techniques, ses ambitions, ses espoirs sur différents plans (aussi bien comprendre le naufrage que faire connaissance avec la faune locale), et la présentation du navire, de la vie à bord et de la chronologie de la catastrophe.

Comme tout documentaire, il intéressera en priorité les gens intéressés par le sujet. Au contraire du film, il ne dramatise en effet pas à outrance les personnages présentés ; il est beaucoup plus factuel et la narration est naturellement plus neutre.

Il n’est pas pour autant exempt d’émotion, Cameron tenant à présenter et à mettre en scène les personnages historiques, faisant constamment l’aller-et-retour entre passé et présent, voire en les superposant purement et simplement — plaçant ainsi sur la passerelle le fantôme de Smith ou dans la salle de bal ceux des passagers. Cette mise en perspective constante souligne tout autant l’histoire humaine que l’évolution de l’épave, qui abrite peut-être plus de vie actuellement que lorsqu’elle flottait et a largement changé d’apparence..

Au passage, l’équipe a perdu, puis récupéré un submersible téléguidé. C’est l’occasion d’un peu de suspense, même s’il n’est pas évident que cette section renforce réellement le film — son introduction peut paraître un peu artificielle, comme l’humanisation des robots nommés d’après les héros des Blues brothers

Reste que Les fantômes du Titanic est un documentaire intéressant, à la fois sur l’histoire du navire et sur les moyens nécessaires à l’exploration d’une épave à grande profondeur. Même si, très franchement, j’ai trouvé le documentaire réalisé l’année précédente sur le Bismarck plus réussi — un peu plus classique, mais aussi plus cohérent.