Viva Riva !

de Djo Tunda Wa Munga, 2010, ****

Un camion d’essence, complet. Cinq mille litres, au bas mot. C’est ce que Riva, flambeur à la morale douteuse, a chouravé à la mafia angolaise avant de retourner chez lui, à Kinshasa. En pleine pénurie, alors que le litre d’essence se négocie à plus de cinq dollars… Riva, occupé à claquer sa thune et à draguer la femme d’un caïd local, ne se rend pas compte que les anciens propriétaires du camion sont bien décidés à le retrouver, quittes à faire chanter des militaires pour suivre sa trace.

Alors voilà. Pour la forme, Viva Riva ! a du très moyen (la photo notamment, on sent bien que les moyens de réalisation ne sont pas les mêmes que ceux auxquels nous sommes habitués, et les acteurs par moments) et de l’excellent.

L’excellent, c’est d’abord une tonalité trash assumée, entre humour, humour noir, scènes délirantes juste pour le plaisir, sensualité torride, violence brutale qui débarque d’un coup ou qu’on sent venir patiemment, immoralité et corruption généralisées… Si la recette vous rappelle Pulp fiction, c’est normal : Djo Tunda Wa Munga cite les mêmes références (Leone, Kurosawa et consorts) que Tarantino, et semble les avoir digérés à peu près de la même façon.

L’excellent, c’est aussi l’aspect réaliste, semi-documentaire presque, lorsque Viva Riva ! évoque la vie ordinaire des gens ordinaires, les regards désabusés des quidams sur la corruption qui mine les autorités de l’armée jusqu’à l’Église, les bakchichs à tous les étages de l’administration… Le film est un fantasme, mais bien ancré dans une réalité plutôt sordide.

L’excellent, c’est enfin une galerie de personnages bien campés. Si l’on ne peut éviter de faire un parallèle entre le personnage de Hoji Fortuna et celui de John Travolta dans Pulp fiction (même élégance, même politesse, même envie de faire des phrases, même absence de scrupules, même violence délibérée), la militaire est particulièrement bien construite et interprétée, tout en faisant sourire par quelques scènes très Sister act, et le gamin démerdard qui fourgue des téléphones est un témoin essentiel et dramatiquement réaliste de l’histoire.

Enfin, pour un geek dans mon genre, l’éclate, c’est aussi le tournage en langues originales : lingala, français, et surtout des espèces de créoles français (ça se passe au Congo) et portugais (y’a un gros groupe d’Angolais dedans). Au passage, quand un personnage dit « naniwa », qu’on comprend instinctivement « quoi » (du japonais 何は) et que le sous-titre affiche « qui », c’est troublant de se dire qu’on est tombé aussi près… ^^

Pour résumer, Viva Riva ! n’est pas exempt de défauts, mais c’est original, jouissif, sacrément rafraîchissant et ça change du train-train du cinéma occidental.