L’enfant d’en haut

d’Ursula Meier, 2012, ***

Il a douze ans, elle dans les vingt-six. Ils habitent dans le Valais, un petit appart” au pied du télé­phé­rique qui mène à une sta­tion de ski hup­pée. Elle vit d’ex­pé­dients quand elle a le cou­rage de bos­ser mais, la plu­part du temps, c’est lui qui ramène un peu d’argent : tous les soirs, il revient de la sta­tion avec du maté­riel, des por­te­feuilles, de la bouffe qu’il a chou­ra­vés aux tou­ristes dis­traits.

L’enfant d’en haut ne raconte pas tant une his­toire banale de petit voleur que les rela­tions ambi­guës, tor­dues, qui unissent la grande et le petit, qui a fina­le­ment pris la place de chef de famille qu’elle a lais­sée vacante. Ce retour­ne­ment du cadet contre l’aî­née se fait logi­que­ment, mais pas sans heurts, et l’am­biance assez glauque est ren­for­cée par de belles inter­pré­ta­tions — sauf pour les agres­sions phy­siques : simu­ler une gifle, c’est tout un art et visi­ble­ment, les baffes de Léa, c’est doux¹.

Au glo­bal, le film est étrange, par l’im­mo­ra­li­té géné­rale de l’en­semble de per­son­nages — à part peut-être l’Américaine — et par l’am­biance lourde, entre affec­tion, haine et mépris, qui les unit les uns aux autres.

Il est assez fort, mal­gré des fai­blesses évi­dentes (réa­li­sa­tion sans éclat, pho­to très variable) et une cer­taine naï­ve­té géné­rale ; par exemple, j’ai peine à croire qu’on puisse être sur­pris par la révé­la­tion à la fin de la pre­mière par­tie. Et si ça n’est pas vrai­ment un grand film, ça mérite d’être vu.

¹ Léa, si tu lis ça, toutes mes excuses pour ce jeu de mots pour­ri, c’é­tait trop ten­tant.

PS : mer­ci à Allociné pour le fou rire du soir : « le far­tage (l’ap­pli­ca­tion du fart sur les skis, un revê­te­ment pour amé­lio­rer l’adhé­rence sur la neige) ». Oui, parce que le prin­cipe du ski, c’est de pas glis­ser, voyez-vous…