Sherlock

de Steven Moffat et Mark Gatiss d’après Arthur Doyle, depuis 2010, ****

Sherlock. Égocentrique, vani­teux, pédant, mépri­sant, hau­tain, Sherlock est un connard arro­gant que per­sonne ne peut saquer. Surtout pas les flics, qui sont pour­tant contraints de faire appel à lui : sa culture, son sens de l’observation et ses capa­ci­tés de déduc­tion en font un détec­tive consul­tant hors pair. Heureusement, il y a le seul type qui le sup­porte vague­ment, son colo­ca­taire, un tou­bib mili­taire récem­ment reve­nu d’Afghanistan, qui se per­met occa­sion­nel­le­ment de l’envoyer chier et fait sou­vent le tam­pon entre ce génial trou du cul et le reste du monde.

Adapter Sherlock Holmes au monde moderne, c’est un défi. Mais ça ouvre des pers­pec­tives. Par exemple, son smart­phone lui per­met d’emporter Wikipedia par­tout, ça peut tou­jours ser­vir. Et il pique les cartes magné­tiques de Mycroft pour entrer dans les sites pro­té­gés du gou­ver­ne­ment. Et Watson publie leurs aven­tures sur un blog, ce qui n’est pas sans inté­rêt pour expli­quer la noto­rié­té de Holmes.

Cette nou­velle série est inté­res­sante, sur­tout à l’heure où le ciné­ma remet Holmes à l’honneur. J’avais appré­cié le côté ath­lé­tique retrou­vé de la ver­sion de Ritchie, mais regret­tais la légè­re­té des intrigues, le côté « magique » des déduc­tions hol­mé­siennes et la sur­en­chère d’action au détri­ment du scé­na­rio.

Les Anglais ont, logi­que­ment sans doute, trou­vé un bien meilleur com­pro­mis. Leur Sherlock est jeune, svelte, rela­ti­ve­ment ath­lé­tique, et peut-être encore plus imbu­vable que dans les romans (jus­ti­fiant au pas­sage un rôle plus impor­tant de Watson). Mais c’est bien l’enquête qui est au cœur du récit, ain­si bien sûr que l’éternelle oppo­si­tion entre Holmes et Moriarty, le psy­cho­pathe de ser­vice, aus­si génial que déran­gé, qui a déci­dé de four­nir son exper­tise cri­mi­nelle comme Holmes pro­pose ses com­pé­tences inves­ti­ga­trices.

On retrouve aus­si une trace d’humour à froid, très sec, très bri­tan­nique peut-être, qui colle par­ti­cu­liè­re­ment bien à l’interprétation clas­sieuse de Benedict Cumberbatch et porte autant sur le clas­sique déca­lage entre Holmes et les cer­veaux ordi­naires qui l’entourent que sur les sous-enten­dus concer­nant l’orientation sexuelle des pro­ta­go­nistes. Sherlock n’est pas une série triste, même si elle ne peut être qua­li­fiée de série comique : ici encore, l’équilibre trou­vé est sub­til mais très réus­si.

Le petit pro­blème de rythme qui émaillait cer­tains épi­sodes de la pre­mière sai­son est oublié dans la seconde, qui devient une œuvre hau­te­ment réjouis­sante, pre­nante, sub­tile, bri­tan­nique en diable, et à la fois très pro­fon­dé­ment dif­fé­rente des romans et par­ti­cu­liè­re­ment fidèle à leur esprit.

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