The descendants

d’Alexander Payne, 2011, ****

Bon, vu du niveau des résumé et bande-annonce, ça a l’air plein de guimauve et rempli à ras bord de bons sentiments, et on craint une crise de foie carabinée et plein d’énervements acides.

Il faut dire que curieusement, le résumé oublie un détail important, qui n’est pourtant pas un secret (on le sent venir très rapidement, et c’est officiel au bout de vingt minutes) : la mère de famille n’est pas simplement hospitalisée, mais en état végétatif permanent. Matt King n’est donc pas simplement confronté à ses filles, dont il doit s’occuper, à sa famille, dont il gère la vente de terres ancestrales, et à l’amant de sa femme ; il se retrouve aussi beaucoup plus brutalement face à la mort prévue de celle-ci — qui a exigé qu’on la débranche en cas de coma non réversible — et à la responsabilité d’annoncer cette mort à venir à ses filles et à son beau-père.

Le pire, c’est que ça se passe à Hawaï, vous savez, cette terre étrange que tout le monde prend pour un paradis mais où la moitié des mâles sont des surfeurs au brushing impeccable et au cerveau déconnecté. On ne s’attarde sur le blond débile de service que le temps de faire croire au spectateur que c’était lui, l’amant ; mais Sid, le petit brun bien crétin qui accompagne la fille aînée, on le supporte tout au long du film. Totalement incapable d’adapter son comportement aux conventions sociales les plus élémentaires — la rencontre avec Matt, qu’il embrasse façon surfeur avec un « comment va, frangin ? » auquel répond un glacial « ne me refais jamais ça », n’est que la première d’une interminable série de bourdes —, il sera pourtant l’occasion de creuser un peu le sujet en prenant une finesse surprenante dans les dernières scènes et en confrontant le rigide et stable Matt à une autre forme de deuil.

Sid offre aussi une touche humoristique au film, qui veut aller au-delà du mélo sirupeux en proposant quelques scènes de pure comédie… et quelques autres bien grinçantes, notamment celles où les filles manifestent le mépris qu’elles ont pour leur père — assez justifié, soit dit en passant : pour sympathique un peu paumé qu’il soit, Matt est aussi un gros con d’avocat qui n’a pas grand-chose à foutre d’elles jusqu’à être contraint de s’en occuper, et on a plus d’une fois envie de lui mettre des baffes.

La réalisation n’est pas totalement remarquable, non plus que photo et montage — qui se maintiennent dans l’ordinaire pour ce type de film —, mais on notera quelques détails planqués dans les arrière-plan, comme ce panneau « dead end » visible sur la route lorsque Matt vient d’apprendre l’état permanent de sa femme. On notera surtout une audace rare au cinéma américain : le coma végétatif est montré en face, la future morte étant bien visible dans toutes les scènes de l’hôpital (au passage, Patricia Hastie a peut-être le plus long rôle muet de l’histoire du cinéma parlant). Sans fard, sans réaction, sans vie même si elle respire encore vaguement… Ce choix de montrer frontalement ce qui n’est traditionnellement qu’évoqué ou masqué derrière une complexe machinerie peut surprendre et mettre mal à l’aise, et c’est sans doute à mettre au crédit du film.

Au final, c’est un film un peu à l’image de la vie : au début, on rit, au milieu, on pleure, à la fin, on survit. Et même s’il est un peu lissé, même si les vrais écueils sont parfois un peu trop facilement évités (je n’ai jamais vu une adolescente mettre autant de bonne volonté à renouer avec son père), même si l’on peut dire que « c’est un peu le deuil idéal », il n’est pas aussi sirupeux qu’on pouvait le craindre et s’avère finalement plutôt réussi.