Hugo Cabret

de Martin Scorsese, 2011, ****

Scorsese qui fait un film pour enfants, on aura tout vu ! Mais bon, on n’a pas tous les jours l’occasion de rendre un hom­mage appuyé aux pères du ciné­ma, du moins quand on fait des films sérieux (Tarantino n’a pas ce pro­blème, tous ses films sont des hom­mages), alors ça mérite bien une entorse à la règle qui dit qu’un Scorsese, ça saigne et ça per­turbe.

Concrètement, le scé­na­rio est un peu facile et cou­su de fil blanc. L’intérêt, c’est la mul­ti­tude des réfé­rences dis­crètes (Jules Verne et les Lumière, en par­ti­cu­lier) et le gigan­tisme de l’hommage à Méliès, et à tra­vers lui à tous ceux qui ont choi­si le ciné­ma pour racon­ter des his­toires — appli­ca­tion tota­le­ment impré­vue au départ, les Lumière y voyant plu­tôt un outil d’information.

La réa­li­sa­tion est évi­dem­ment soi­gnée, même si l’on note cer­taines inco­hé­rence géo­gra­phiques (la gare est cen­sée être celle de Montparnasse, mais sur les plans exté­rieurs, la Seine paraît très près et on a plu­tôt l’impression que la gare est située vers Javel ; et quand on en sort, on arrive tout de suite au ras de Notre-Dame…), le mon­tage est réus­si, ryth­mé sans être exces­sif, la pho­to­gra­phie et l’éclairage sont par­ti­cu­liè­re­ment agréables et l’on ne s’ennuie pas.

Les acteurs font glo­ba­le­ment très bien leur bou­lot, même si Baron-Cohen conti­nue à en faire vrai­ment trop (enfin, ça colle à son per­son­nage), et la prin­ci­pale réserve que j’émettrai vient de quelqu’un sur qui je ne taris habi­tuel­le­ment pas d’éloges : Chloé Moretz montre les pre­miers signes de tics d’actrice en fai­sant à deux ou trois reprises la même « hap­py face » que dans Kick-Ass. Rien de très grave pour l’instant et le reste de sa pres­ta­tion est excellent, mais fau­drait pas qu’elle en fasse une habi­tude : ça pour­rait deve­nir aus­si éner­vant que les sour­cils d’Emma Watson ou le sou­rire n°43 bis de Jim Carrey.

Bref, tout est bon, c’est bien amu­sant, les trucs bizarres sont du domaine du détail, et y’a plein de réfé­rences ciné­ma­to­gra­phiques ou lit­té­raires à pio­cher. Mais il manque peut-être un vrai deuxième niveau de lec­ture…

Un petit défaut tout de même : la sté­réo­sco­pie. D’après cer­taines sources, ça a réel­le­ment été fil­mé en sté­réo, mais curieu­se­ment ça n’est pas tou­jours l’impression que ça donne : il y a quelques plans où l’on trouve l’effet « théâtre de car­ton » typique des conver­sions « 3D » a pos­te­rio­ri, et j’ai plu­sieurs fois trou­vé que ça man­quait un peu de natu­rel. En fait, en jetant un œil par des­sus mes lunettes, je suis à chaque fois tom­bé sur le même phé­no­mène : le plan de conver­gence n’était pas le même que le plan de mise au point. C’est quelque chose que je n’avais jamais noté dans des films tour­nés en sté­réo, et j’ai du coup été un peu déçu même si à côté de ça, Marty a l’intelligence de ne pas trop en faire, uti­li­sant quelques sur­gis­se­ments rai­son­nables et oppor­tuns aux bons moments et évi­tant de cas­ser la tête des gens avec une « 3D » trop pous­sée.

Mise à jour : appa­rem­ment, c’est bien de la conver­sion… Legend 3D, com­pa­gnie spé­cia­li­sée dans la conver­sion 3D en post-pro­duc­tion, est lar­ge­ment cré­di­tée et explique s’être occu­pée du relief de Hugo Cabret. Je com­men­çais à me deman­der si mes pré­ju­gés sur la pseu­do-sté­réo étaient valides, là, je crois que c’est clair : je pen­sais qu’il avait été fil­mé en sté­réo, j’ai quand même recon­nu les effets de conver­sion. ><

Voir aussi :