Limitless

de Neil Burger, 2011, ***

Que feriez-vous si vous aviez brus­que­ment une mémoire eidé­tique, une logique impa­rable et une capa­ci­té inéga­lée à recou­per des don­nées ? C’est la ques­tion à laquelle est confron­tée un écri­vain vidé, dépres­sif et plus qu’à moi­tié alcoo­lique (oui, ça fait beau­coup de pléo­nasmes), après qu’il découvre une drogue qui lui offre l’accès immé­diat à toutes les capa­ci­tés mémo­rielles et déduc­tives de son cer­veau.

Il com­mence petit, sauve la thèse de droit de sa voi­sine, finit le bou­quin qu’il n’arrivait pas à com­men­cer, re-séduit la femme qu’il aime et ouvre un petit compte bour­sier. Puis il en veut plus, parce que per­sonne ne se dit jamais « c’est bon, j’ai toute l’Europe, j’en ai assez » : tout le monde se dit « main­te­nant, enva­his­sons cette putain de Russie«¹. Il se fait prê­ter de l’argent pour per­cer dans la finance et deve­nir riche et puis­sant, sûr de tou­jours anti­ci­per et contour­ner les ini­mi­tiés que cela lui vau­dra.

C’est étrange. Pendant Limitless, j’étais pris, enthou­siaste, je savou­rais la qua­li­té de la réa­li­sa­tion (les éta­lon­nages dif­fé­rents selon que les per­son­nages sont à jeun ou dro­gués, par exemple, sont par­fai­te­ment réus­sis, froid et sombre ou chaud et lumi­neux sans jamais tom­ber dans la cari­ca­ture), de la direc­tion d’acteurs, etc… J’ai même appré­cié le pour­tant pré­vu retour­ne­ment final, avec le retour d’un de Niro agres­sif.

Et puis, quelques heures après, le souf­flet retombe. Oui, c’est un très bon film, mais fina­le­ment il ne va pas vrai­ment quelque part, passe à côté d’une ques­tion fon­da­men­tale concer­nant ce qu’il s’est pas­sé pen­dant les heures oubliées à cause de la drogue, et pré­sente plus un por­trait d’enfant gâté qu’une réelle his­toire pro­fonde. C’est une sorte de relec­ture moderne du Cas étrange du Dr Jekyll et de Mr Hide, sauf que Hide est sédui­sant et arri­viste et n’a fina­le­ment pas vrai­ment d’inconvénient, hor­mis d’avoir besoin de sa dope quo­ti­dien­ne­ment.

Alors, il reste quelques scènes splen­dides (on peut faire des trucs dégueu­lasses pour avoir sa dose…), la réa­li­sa­tion est réel­le­ment vir­tuose, on est très près du gran­diose mais… Mais quoi ?

Mais, tout sim­ple­ment.

¹ J’ai par­ti­cu­liè­re­ment rete­nu cette cita­tion parce que ça m’a tou­jours fas­ci­né, la répé­ti­tion du même scé­na­rio avec les mêmes conne­ries par Napoléon Ier et Adolf Hitler.