Tomboy

de Céline Sciamma, 2011, ***

Alors, je connaissais le film anglophone dont on garde le titre par fainéantise. Je connaissais le film japonais auquel on donne un titre anglais pour garder l’exotisme en donnant un sens intelligible. Je connaissais le film anglais dont on garde le titre parce qu’il est intraduisible ou fait référence à une autre œuvre, le film anglophone dont on garde le titre parce qu’il n’est pas traduit en français faute de distribution digne de ce nom, et le film anglophone auquel on donne un autre titre en anglais parce qu’on estime que le Français moyen comprendra pas l’original.

Voilà maintenant le film français bien d’cheu nous auquel on donne un titre anglais pour une raison mystérieuse. « Tomboy », c’est juste un « garçon manqué », et y’a rien qui empêchait d’appeler le film ainsi.

Je sais, je fais chier à défendre la traduction quasi-systématique alors que je regarde quasiment tout en VO et que je conseille parfois la VO sans sous-titres tellement les doublages et sous-titrages de certains trucs sont pourris, mais c’est comme ça : j’aime l’anglais, j’aime le français, et j’aime qu’on les utilise à bon escient.

Donc, Tomboy.

L’histoire assez classique d’une fille qui se fait passer pour un garçon auprès de ses nouveaux camarades.

Quelque chose à ajouter ? Non, pas vraiment. Succession de saynètes où l’on se demande si elle va se faire démasquer, mais où tout se passe bien, jusqu’au jour où ça se passe moins bien.

Les ringards dans mon genre penseront à Claudine, agaçant et caricatural personnage d’Enid Blyton, et les gens dotés de références plus récentes lorgneront du côté de Lady Oscar ou Ma vie en rose… Le sujet n’a donc rien de neuf.

Le traitement est cependant assez original, avec une réalisation très brute de décoffrage visant au réalisme — et des dialogues qui vont avec : on n’est pas au niveau de la philosophie des bananes séchées de Au delà des cîmes, mais c’est parfois pas loin — entrecoupée de quelques photos plus soignées dans des scènes un peu plus intimistes. On est loin de la comédie dramatique ou des aventures historiques : on est plus près de la vraie vie quotidienne, avec ses petits drames, ses petits bonheurs, ses petits pétages de plombs aussi — la réaction de la mère lorsqu’elle découvre la nouvelle identité de sa fille, affligeante de connerie mais irréprochable de réalisme…

La relation entre les deux gamines centrales de l’histoire est également plutôt bien fichue, mais on lui trouve au moins un problème : elle ne décolle jamais vraiment. C’est d’ailleurs la limite de l’ensemble du film, qui est sympa mais pas bouleversant, pas vraiment prenant, pas vraiment attachant en dehors de très belles interprétations (gosses comme adultes) : on vit plein de petits frémissements, mais jamais de véritable envolée et ça se termine (volontairement) comme ça a commencé.

Y’a bien pire, mais je reste un peu sur ma faim, en somme.

Note pour les geeks : Tomboy a été tourné sans caméra, tout à l’EOS 7D. Je le savais pas avant de le voir, et ça m’a absolument pas frappé, comme quoi quelques objos à 1000-2000 € et un boîtier à 1500 € peuvent effectivement concurrencer des Arri ou des Red à quelques dizaines de milliers d’euros… Faut dire que fondamentalement, la « fenêtre » d’un 7D en mode vidéo, 22×12,4 mm, est étonnamment proche de celle d’une caméra 35 mm 1.85:1 : 21×11,3 mm.