Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

de Jean-Pierre Jeunet, ****/O

Bon, ça fait quatre fois que je vois ce film, et j’arrive toujours pas à me défaire de cette impression bizarre : je l’adore autant que je le déteste, et vice-versa.

Il y a, d’abord, cette galerie de portraits, tous brossés par petites touches, avec une certaine élégance discrète. Il y a ces petits délires hilarants, comme les vengeances d’Amélie contre l’imbécile qui lui fit croire qu’elle provoquait des accidents ou l’abruti qui passe son temps à critiquer un handicapé. Il y a ces détails si bien vus, sur les gens qui se retournent dans le cinéma pour voir la tête de leurs voisins ou les souffleurs de soupiraux.

Il y a aussi la musique adéquate de Yann Tiersen, légèrement désuète, comme le reste du film.

Il y a également, en moins réjouissant, certains a priori de mise en scène (en résumant : trop de gros plan au grand angle tue le gros plan au grand angle), des choix de teintes qui discréditent une photo par ailleurs magnifique, ou certaines situations parfois un poil trop caricaturales.

Il y a enfin, et ça, ça m’énerve, le coté épouvantablement moralisateur de ce film — c’est bien de rêver, faut oser vivre, gnagnagna –, qui culmine de manière remarquablement exaspérante avec un pseudo-procès stalinien où est asséné le message du film : «Et si cette Amélie a envie de rater sa vie, c’est son droit le plus absolu».

Au final, donc, je reste terriblement partagé, adorant certaines scènes tandis que d’autres me donnent envie de brûler mon cinéma et de balancer ma télé par la fenêtre.