Scrubs (saison 10)

de Bill Lawrence, 2026, ****

Souvenez-vous. C’était en 2010. Après une sai­son pen­sée comme une tran­si­tion mais mal reçue par le public, Scrubs s’ar­rê­tait définitivement.

Définitivement ?

À voir. Parce que Bill Lawrence avait depuis long­temps envie de relan­cer sa série, et parce qu’une bonne par­tie du cas­ting par­ta­geait cette envie (à com­men­cer par Zach Braff, dont J.D. reste le rôle mar­quant mais qui a depuis mul­ti­plié les tra­vaux devant ou der­rière la camé­ra avec tout ce que la télé­vi­sion et le ciné­ma cana­diens et états-uniens comptent de producteurs).

Et donc, ce défi­ni­tif est deve­nu tem­po­raire 1 et une dixième sai­son a été créée.

J.D. assis dans un fauteuil, l'air pensif
Bon sang, dans quoi je m’embarque moi ? À part la nos­tal­gie, pour­quoi j’ai pris ce poste ? — pho­to Disney

Nous retrou­vons donc J.D., Elliot, Chris, Carla, Cox et les autres, seize ans plus tard. Les internes du début, deve­nus méde­cins à part entière lors de la sai­son 9, ont bien évo­lué : J.D. et Elliot ont divor­cé, J.D. est deve­nu« méde­cin concierge » pour les vieux riches, Elliot et Chris ont grim­pé les éche­lons de la méde­cine et de la chi­rur­gie à l’hô­pi­tal du Sacré-Cœur, celui-ci a un nou­veau concierge et il est sym­pa, Kelso a pris sa retraite… Quant à Cox, désor­mais direc­teur du dépar­te­ment médi­cal, il est en conflit per­ma­nent avec la nou­velle res­pon­sable des res­sources humaines : son style cynique, cas­sant et moqueur ne passe pas avec la nou­velle géné­ra­tion d’internes.

Le jour où J.D. débarque au Sacré-Cœur pour voir un de ses patients hos­pi­ta­li­sé là, Cox a une illu­mi­na­tion : s’il convainc son ancienne tête de Turc de prendre son poste, à lui la retraite ! Voilà donc J.D. bom­bar­dé direc­teur médi­cal, dans un hôpi­tal où il n’a plus exer­cé depuis une quin­zaine d’an­nées, à la place d’un méde­cin qui lor­gnait sur le poste depuis des lustres. Il est donc char­gé d’ar­bi­trer le bud­get entre le dépar­te­ment médi­cal (tenu par son ex-femme) et le dépar­te­ment chi­rur­gi­cal (mené par son meilleur pote de tou­jours) et d’en­sei­gner à des internes — une influen­ceuse qui passe son temps sur son smart­phone, un timide qui n’ose pas par­ler à une autre interne, un admi­nis­tra­tif qui ne veut pas trai­ter une patiente sans assu­rance, une pro­cé­du­rale qui refuse toute impli­ca­tion émo­tion­nelle… Et évi­dem­ment, il doit gérer tout ça et tous les pro­blèmes des patients au milieu de ses propres rêve­ries et apar­tés narratifs.

Elliot et Sam assises avec des cafés
— Non mais quand on est méde­cin, on peut pas pas­ser son temps sur TikTok…
— Eh, JE suis tout le temps sur TikTok, et y’a de très bons comptes médi­caux qui font de l’ex­cel­lente vul­ga­ri­sa­tion et envoient leurs audi­teurs vers les hôpi­taux…
- pho­to Disney

Bon, la mise en place n’est pas dépour­vue de fai­blesses : le pre­mier épi­sode est un peu cou­su de fil blanc, et il a fal­lu tas­ser pour faire tenir la suc­ces­sion d’é­vé­ne­ments qui per­met à J.D. de reve­nir au Sacré-Cœur. Mais rapi­de­ment, la série retrouve son rythme et son ton, tour à tour vachard et bien­veillant, comique et tra­gique, pué­ril et réflé­chi. Elle s’in­ter­roge sur l’ob­so­les­cence et les dif­fé­rences de stan­dards entre géné­ra­tions, et réus­sit à évo­quer l’ob­ses­sion moderne pour les « influen­ceurs » comme le dis­cours de vieux con sur les jeunes d’au­jourd’­hui, à par­ler des jeunes qui refusent toute cri­tique comme des vieux aux cri­tiques des­truc­trices, bref, elle trouve un équi­libre assez fin entre points de vue opposés.

Le comique absurde des débuts est tou­jours pré­sent, le tra­gique éga­le­ment quoi­qu’un peu atté­nué : cette sai­son 10 est plus légère que les pré­cé­dentes, mal­gré quelques pas­sages un peu plus dra­ma­tiques. On retrouve éga­le­ment une des signa­tures de la série, les séquences réa­li­sées « à la façon de », du film noir à la comé­die roman­tique. L’évolution des per­son­nages doit être sou­li­gnée : s’ils conservent leurs carac­tères bien typés, ils ont aus­si pris non seule­ment de l’âge, mais de la matu­ri­té (à l’ex­cep­tion de Todd, évi­dem­ment), et sont désor­mais prêts à trans­mettre leur expé­rience — en essayant de ne pas repro­duire les erreurs de Cox il y a vingt ans.

Quatre des internes de la nouvelle saison
C’est moi ou les trois qui nous super­visent sont com­plè­te­ment à l’ouest ? — pho­to Disney

Bref, ça fait plai­sir de les revoir, ça donne un effet made­leine qui marche tout en offrant une nou­velle pers­pec­tive et de nou­veaux per­son­nages typés et modernes, ça tourne sans temps mort avec des tona­li­tés variées. Bref, c’est beau­coup plus réus­si que la suite de Punky Brewster, pour reprendre un exemple simi­laire récent. Et je dois pas être le seul à avoir appré­cié puisque, contrai­re­ment à ce qui s’est pas­sé après la sai­son 9 (pen­sée comme une tran­si­tion pour faire évo­luer les héros, mais mal reçue par le public), la série a d’ores et déjà été renou­ve­lée pour une onzième saison.

  1. Ce qui devrait ins­pi­rer la DGAC, spé­cia­liste des zones « tem­po­raires » qui durent des années mais qui, étant « tem­po­raires », ne seront jamais mar­quées sur les cartes aéro­nau­tiques, juste pour com­pli­quer la vie des pilotes.[]