Vivarium

de Lorcan Finnegan, 2019, **

Le 12 mars, je me ren­dais dans l’an­nexe de mon salon (la salle 11 de mon CGR local) pour voir Vivarium. C’est l’his­toire d’un couple qui visite une mai­son et qui se retrouve enfer­mé dans son lotis­se­ment, tota­le­ment iso­lé, sans pos­si­bi­li­té d’en sor­tir. Le 17 mars, comme vous, je me retrou­vais dans mon appart, tota­le­ment iso­lé, sans pos­si­bi­li­té d’en sor­tir.

Là s’ar­rête le paral­lèle. J’avais tou­jours Internet et, heu­reu­se­ment, per­sonne n’a dépo­sé de bébé sur mon paillas­son pen­dant la nuit.

Jesse Eisenberg et Imogen Poots dans Vivarium
Donc, brû­ler la mai­son, c’é­tait pas une bonne idée pour s’é­va­der. — pho­to The Jokers Films

Ah oui, c’est le nœud du film : un matin, le couple se retrouve face à un bébé, avec une note disant qu’ils seront libé­rés après l’a­voir éle­vé. Le reste, ce sont toutes les ten­sions, les alliances, les affron­te­ments qui sur­gissent entre le fata­lisme d’o­béir, l’ob­ses­sion de s’é­va­der et la ten­ta­tion de tout brû­ler. Il n’est pas évident de racon­ter le film, en fait : c’est un voyage inté­rieur dans le couple, ses déchi­rures et ses retrou­vailles, plu­tôt qu’une vraie his­toire.

L’idée de base est ori­gi­nale et le film est plu­tôt bien fait, que ce soit dans la créa­tion de son uni­vers fan­tas­ti­co-nor­mal, dans la ges­tion de ses per­son­nages, dans son sus­pense qui joue sur les codes du film d’hor­reur sans jamais y bas­cu­ler, ou dans la direc­tion de son duo d’ac­teurs. On peut regret­ter l’ou­ver­ture façon film natu­ra­liste, qui donne beau­coup trop de clefs, mais on peut aus­si choi­sir de l’i­gno­rer pour voir dans le film une méta­phore sur le fait d’a­voir un enfant, le syn­drome de Stockholm et les envies de meurtre qui suivent.

Jonathan Aris dans Vivarium
Voilà, ça peut être votre mai­son. Je vous laisse visi­ter, je vais pas­ser un coup de fil. — pho­to The Jokers Films

La vraie fai­blesse, c’est le rythme. Après un début posé et une ambiance bien construite, ça se met à tour­ner en rond, puis ça repart sur les cha­peaux de roues, puis ça tombe dans la lan­gueur jus­qu’à la mol­lesse… Cette alter­nance ne semble pas vrai­ment maî­tri­sée et donne plu­tôt l’im­pres­sion que le mon­tage a allon­gé la sauce çà et là juste pour dépas­ser l’heure et demie — alors qu’un petit film d’une heure vingt est par­fois plus réus­si.

Reste un petit thril­ler psy­cho­lo­gique ori­gi­nal, plein de bonne volon­té, qui donne pas envie de faire confiance aux agents immo­bi­liers ou d’a­voir des enfants, mais qui change un peu des films ordi­naires.