Sex education

de Laurie Nunn, 2019, ****

Avoir quinze ans et une mère sexo­thé­ra­peute, est-ce facile à vivre ?

Non, bien sûr. D’ailleurs, Otis fait sem­blant de se mas­tur­ber, parce que là comme ça, ça ne l’a­muse pas des masses, mais qu’il sait que sa mère va y pen­ser s’il ne salit pas quelques Kleenex de temps en temps et qu’elle va finir par lui poser des ques­tions façon bou­lot.

— Chéri, tu sais que tu peux me par­ler…
— Noooooon !
- pho­to Sam Taylor pour Netflix

Heureusement, s’in­té­res­ser au tra­vail de sa mère pour anti­ci­per et évi­ter les inter­ro­ga­toires embar­ras­sants lui a don­né une autre capa­ci­té : com­prendre et aider ses cama­rades, ceux qui ont ou vou­draient avoir une vie sexuelle. Le voi­là donc acci­den­tel­le­ment pro­pul­sé sexo­thé­ra­peute offi­cieux du lycée, exer­çant pen­dant les pauses dans des toi­lettes désaf­fec­tées.

Il est clair que la série repose sur des pré­sup­po­sés plu­tôt ban­cals — et encore, je n’ai pas par­lé du copain gay, de l’a­so­ciale brillante, du fils du pro­vi­seur vir­tuel­le­ment cas­tré par son héré­di­té, du spor­tif coa­ché par ses parents 24 heures sur 24 ou de l’as­pi­rante écri­vaine qui cherche déses­pé­ré­ment un par­te­naire sexuel… La cari­ca­ture est géné­reuse et chaque per­son­nage pré­sente un arché­type aisé­ment iden­ti­fiable. Du coup, la mise en place s’o­riente vers la comé­die paro­dique à l’an­glaise, légère et facile, avec un bon lot d’ab­sur­di­tés amu­santes mais pas vrai­ment fines.

T’as pas com­pris, pour toi c’est mar­rant et ça fait de l’argent de poche. Moi, j’ai un loyer à payer et aucun adulte pour m’ai­der. — pho­to Sam Taylor pour Netflix

C’est par la suite que le pro­pos s’ap­pro­fon­dit un peu, en pre­nant cer­tains sté­réo­types à contre-cou­rant et en intro­dui­sant des per­son­nages plus « nor­maux » (comme le plom­bier et sa fille). Certains pas­sages tirent car­ré­ment sur le sor­dide et pour­raient rap­pe­ler aux plus vieux Les années col­lège, une des pre­mières séries à par­ler ouver­te­ment de vio­lences entre ado­les­cents, de gamins aban­don­nés, de gros­sesses de mineures et d’a­gres­sions homo­phobes.

Sex edu­ca­tion parle ain­si d’es­poirs, de dési­rs, d’en­vies, de contrôle de son propre corps, de consen­te­ment, de com­mu­ni­ca­tion, ou encore de l’art d’as­su­mer les espoirs, dési­rs et envies des autres, tout cela de manière éton­nam­ment réa­liste et franche. Elle évite intel­li­gem­ment de juger ses per­son­nages, sauf peut-être lors­qu’il faut rap­pe­ler que l’ho­mo­pho­bie, c’est trop 20è siècle, ou mettre déli­ca­te­ment les anti-avor­te­ment face à leurs contra­dic­tions.

Le résul­tat est un peu para­doxal, pas exempt de mal­adresses et de cli­chés, mais aus­si doué de sen­si­bi­li­té et d’une pro­fon­deur cer­taine. L’excellent cas­ting (c’est dingue, il y avait donc deux très bons acteurs à la tête d’Aux fron­tières du réel ?!) par­vient à faire pas­ser les petits excès cou­pables et, à l’heure du bilan, la série s’a­vère entraî­nante, sou­vent drôle, par­fois tra­gique et glo­ba­le­ment tout à fait recom­man­dable.