La planète des singes : l’affrontement

de Matt Reeves, 2014, **

C’est l’histoire bourrée d’originalité de deux groupes. Dans l’un, il y a un père de famille aimant et attentionné, qui est aussi un chef charismatique et pacifiste, et qui a un bras droit frustré, arriviste et belliqueux. Dans l’autre, il y a un père de famille aimant et attentionné, qui est aussi le bras droit charismatique et pacifiste d’un chef effrayé et belliqueux. Et un des groupes a besoin d’un truc qu’on ne trouve que sur le territoire de l’autre : du coup, le bras droit pacifiste rencontre le chef pacifiste, ils sont prêts à faire affaire ; mais un crétin donne au bras droit belliqueux un prétexte pour déclencher une guerre, que le chef belliqueux va s’empresser d’amplifier.

Jusqu’ici, vous suivez ? Ben ça tombe bien, le film est fini.

Oui, c’est à peu près tout La planète des singes : l’affrontement, deuxième épisode du préquel, qui suit de quelques années La planète des singes : les origines. Ajoutons que le fils du chef pacifiste est un adolescent un peu rebelle, qui va se faire tenter par le côté obscur, pardon, je voulais dire le bras droit belliqueux, avant de revenir dans le droit chemin, et je crois que j’aurai fait le tour.

Plus encore que pour le premier, j’ai été terriblement déçu par la superficialité du scénario. Oui, un groupe est constitué essentiellement chimpanzés, plus une poignée de gorilles et un orang-outan. Mais rien, dans tout le film, n’utilise ce détail. Rien ne vient interroger sur la limite de l’humanité, le rapport entre pan et homo, la nature de l’intelligence et ce qu’elle peut supposer de bêtise… Non, on a juste un autre blockbuster d’action avec des sentiments dedans, qui aurait été exactement le même avec deux groupes humains — d’ailleurs, on a eu exactement le même dans certains épisodes de Jeremiah ou de The walking dead.

Au passage, ils auraient au moins pu embaucher un consultant linguiste, parce que Cesar qui fait des phrases complètes au conditionnel avec la concordance des temps, mais qui oublie le verbe dans « where Koba now? », c’est risible. Autant que des singes manifestement émasculés qui arrivent quand même à se reproduire.

Au fond, rien de dramatique : c’est juste une déception ordinaire pour un blockbuster qui passe à côté de son sujet, tout en restant efficace, distrayant et même prenant si on accepte de déposer son cerveau avant le début du film.

Mais je dois pointer un phénomène qui m’agace au plus haut point : la critique a, globalement, adoré et loué l’intelligence du scénario. Ce même scénario qui passe l’ensemble du film à enfiler tous les clichés sur l’affrontement de deux clans, le fidèle lieutenant qui trahit, et même les relations père-fils. J’ai vraiment du mal à comprendre comment un produit aussi formaté peut attirer de tels compliments, surtout de la part de gens payés pour avoir un esprit critique.