Le grand bleu (version longue)

de Luc Besson, 1988 révi­sé¹, ****

Ça fai­sait très, très long­temps que j’avais pas revu Le grand bleu. La der­nière fois, je devais avoir quinze ans et c’était à la télé.

Et puis, je suis tom­bé sur le Blu-Ray dans un rayon pro­mo­tions. Et je repen­sais au film parce que, il n’y a pas très long­temps (le 6 juin, en fait), Herbert Nitsch, record­man du monde « no limits » (et autres : il a réuni les trois cou­ronnes), a fini en cais­son hyper­bare à l’hôpital après avoir ten­té une plon­gée à 244 m.

Alors voi­là, j’ai revu Le grand bleu.

Pas de doute : c’est spé­cial. Étant môme, j’avais ado­ré les scènes de plon­gée et de com­pé­ti­tion, mais j’étais com­plè­te­ment pas­sé à côté du rap­port obses­sif, voire mania­co-dépres­sif, que Jacques et Enzo entre­tiennent avec la mer. Et la rela­tion avec Johanna, qui me gavait lour­de­ment à l’époque, est en fait là pour creu­ser cette obses­sion : même aimé, même amar­ré à terre, Jacques cherche encore et tou­jours à retour­ner à la mer.

Alors bien sûr, Le grand bleu est plein de scènes mar­rantes. La rela­tion entre Enzo et sa mère, pour cari­ca­tu­rale qu’elle soit, est assez irré­sis­tible, et les petits trucs drôles ne manquent pas (le vol de la dau­phine du Marineland en tête). Ce sont deux grands gamins qui suivent leurs idées à la con, et ça, ça fait tou­jours sou­rire.

Mais ce n’est, clai­re­ment et défi­ni­ti­ve­ment, pas une comé­die. Au contraire, c’est pro­fon­dé­ment mor­bide, bien plus que tout autre Besson que j’aie vu. La mer n’est pas une séduc­trice, c’est une mala­die, dont rien ne per­met de gué­rir, et la fin est annon­cée et évi­dente dès le milieu du film — non, pas la mort du père, mais la dis­cus­sion avec Johanna après le cham­pagne dans la pis­cine.

Finalement, c’est pro­fon­dé­ment un film sur l’auto-destruction de deux hommes qui, sous cou­vert de riva­li­té, sont en fait unis dans un sui­cide pro­gres­sif. Johanna n’est que le témoin impuis­sant du phé­no­mène, vou­lant croire jusqu’au bout qu’elle par­vien­dra à en sau­ver un mais man­quant fina­le­ment de som­brer avec lui.

Alors certes, la pho­to est magni­fique (en par­ti­cu­lier les scènes sous-marines vues par en-des­sous, qui n’ont pas pris une ride), certes, le rythme est excel­lem­ment géré (à part deux scènes de lit vrai­ment mal fil­mées et som­ni­fères : l’érotisme, c’est un art, et là on est dans l’industrie), certes, les acteurs sont plu­tôt bons (Barr est inex­pres­sif pile comme il faut, Reno est par­fai­te­ment puant et j’avais oublié comme Arquette était mignonne y’a vingt ans), certes…

Mais c’est l’ambiance qui prend, l’observation de cette des­cente aux enfers sciem­ment choi­sie par les per­son­nages, cette mer tou­jours magni­fique et tou­jours mor­telle. C’est ça, la vraie force du Grand bleu, qui est en fait plus à sa place par­mi les œuvres hal­lu­ci­nées (Taxi dri­ver, Apocalypse now, Easy rider…) que dans les films d’action qu’a signés Besson depuis.

Le truc trou­blant, c’est que mal­gré tout, ça donne envie de se remettre à l’apnée.

¹ Contrairement à d’habitude, je n’ai pas trou­vé la date du re-mon­tage en ver­sion longue. Je pense que ça devait être 89 ou 90 (je crois bien l’avoir vu au ciné à l’époque mais je sau­rais plus dire si c’était à Aubenas ou à Crest).

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