The artist

de Michel Hazanavicius, 2011, ***

Que dire ?

The artist a des qua­li­tés indé­niables. Premièrement, l’originalité : il y avait quatre-vingts ans qu’on n’avait pas essayé de racon­ter une his­toire comme ça, et c’est indé­nia­ble­ment accro­cheur. Le culot du par­ti-pris vieillot (film muet en noir et blanc au for­mat 4/3) change de l’ordinaire du moment, et rien que ça, c’est un bon point.

Ensuite, il y a Jean Dujardin, impé­rial, jouant sur cent registres dif­fé­rents — la sobrié­té de la vraie vie, le cabo­ti­nage éhon­té de son égo­cen­trique per­son­nage, les mimiques exa­gé­rées des acteurs des années 20… Peu d’acteurs sont capables ain­si de chan­ger de jeu à volon­té, et le contraste est par exemple frap­pant avec Bérénice Béjot, qui passe l’essentiel du film à incar­ner la star­lette des années 30 avec ce que ça sup­pose d’exagération. Cromwell est éga­le­ment impec­cable, comme à son habi­tude, mais il a la tâche moins com­plexe.

Après, le mon­tage est plu­tôt réus­si, et cer­taines scènes sont de purs bijoux, par­fois comiques (l’introduction et les duos avec le clé­bard), par­fois tra­giques (la dépres­sion alcoo­lique), par­fois un peu des deux (le « place aux jeunes » au res­tau­rant).

Maintenant, y a-t-il là de quoi hur­ler au génie et en faire le meilleur film de l’année, comme l’ont décré­té les jury des Oscars, des BAFTA et des Césars, entre autres ?

Ben… non.

The artist a aus­si une belle liste de fai­blesses. En pre­mier lieu, si l’introduction est par­ti­cu­liè­re­ment bien menée, ain­si que le début de l’histoire croi­sée de la des­cente de Valentin et de la mon­tée de Miller, la deuxième moi­tié du film tourne beau­coup trop à vide. Oui, on a bien com­pris ce qu’il se passe, okay, il vit une des­cente aux enfers pour s’être accro­ché à son ego tan­dis qu’elle pro­fite gaie­ment de la moder­ni­té, d’accord, elle estime lui devoir quelque chose et tente de l’aider. Est-il utile de délayer cette deuxième par­tie en long, en large et en tra­vers ?

Et puis, il y a la musique. Évidemment : c’est qua­si­ment le seul son qu’on entend. Mais on l’entend tout le temps, adap­tée mais pré­vi­sible, conforme aux habi­tudes qu’on peut avoir si l’on a déjà vu un film muet. Une touche d’originalité eût été appré­ciée, et quelques scènes de silences aus­si…

Au final, The artist est un grand film de ciné­philes, un clin d’œil ori­gi­nal aux pas­sion­nés de cinoche, et un coup de culot remar­quable. Mais ça ne va pas beau­coup plus loin que l’exercice de style.

Voir aussi :