Le territoire des loups

de Joe Carnahan, 2012, ****+

L’histoire ? Simple : sept survivants d’un crash d’avion, paumés au milieu de l’Alaska, à mille milles de toute terre habitée en somme, ont le manque de bol d’être en plein territoire d’une meute de loups, dans le rayon où ceux-ci peuvent attaquer n’importe quoi pour protéger leur tanière.

La suite est un survivor où les blessures, le froid et les loups font disparaître, un par un, les membres les plus faibles de l’équipée, tandis qu’ils essaient de retrouver la civilisation ou, au moins, de sortir du territoire de la meute.

Classique ? Oui et non. On est quand même très, très loin du récit à la Guillaumet, vous savez, « ce que j’ai fait, jamais aucune bête ne l’aurait fait ». Ici, les hommes sont faibles, lâches, pleutres, même si certains tentent de faire croire le contraire ; ils sont malades, craquent, se battent entre eux au lieu de se souder vers l’objectif commun…

Mais surtout, le truc bien fichu, c’est l’aspect « éthologie de l’homme ». Ici, les survivants pourraient dire un truc comme « c’est parce que nous sommes des bêtes que nous l’avons fait ». Ce sont deux meutes qui s’affrontent, avec chacune son Alpha plus ou moins remis en cause par quelques Bêta, et des Gamma juste là pour faire nombre et utilisables comme chair à canon. Et l’homme n’est, ici, qu’un animal comme l’autre, qui protège sa meute, utilise ses capacités, et tente de séparer les groupes et de profiter des occasions d’éliminer le concurrent territorial.

L’ensemble du film progresse ainsi sur cet axe, au fil des assauts, jusqu’à un final culminant où l’homme redevient réellement animal parmi les animaux.

Ça n’est pas exempt de faiblesses — juste un exemple : comment les loups traversent-ils une gorge que les humains passent en tyrolienne ? — mais les forces font plus que rattraper, à commencer par un casting solide de taiseux vaguement parias et une photo parfois tout simplement sublime.

Et dans l’ensemble, c’est un excellent film sur la nature humaine, porté par un Liam Neeson qu’on n’avait plus vu aussi habité depuis longtemps.

Au passage, ça fout largement plus les jetons que Devil inside, aussi.