La famille Jones

de Derrick Borte, 2009, ****

Vous connaissez le marketing viral ? Le concept est simple : on vous fait un document (clip le plus souvent) amusant, drôle, bien fichu. Comme vous aimez amuser ou étonner vos amis, vous le faites tourner sur votre blog, sur Facebook ou par n’importe moyen. Et le document est une pub, qui ne met pas trop le produit en avant, mais calculée pour qu’il reste quelque part dans votre esprit. Typiquement, ce genre de truc pourrait être du marketing viral — sauf que moi, dès le départ, je vous ai dit que c’était une pub.

Les Jones, c’est une famille de marketing viral. Totalement composite, avec le père et la mère quadragénaires, riches, sympathiques, et leurs enfants lycéens, beaux, intelligents… La famille parfaite de prospectus, sauf qu’elle est vivante, et habite à côté de chez vous. Leur boulot ? Vous plaire, vous distraire, vous amuser, et vous donner au passage envie de vous offrir ce cabriolet rouge, cet anti-rides miraculeux, ce polo, ce club de golf, ce smartphone, cet écran plasma, bref, tout ce qu’ils ont et que vous n’avez pas.

Le concept de base est donc impressionnant de cynisme, mais finalement pas plus que certaines réflexions de présidents de TF1 ou d’autres publicistes. Le film lui-même attaque donc sur cette idée forte et, s’il n’analyse pas en profondeur les mécanismes du désir, il démonte suffisamment ceux de la pub pour faire prendre un peu de recul, rire jaune de ses propres réactions et s’intéresser à l’histoire. Suit hélas une deuxième partie un peu molle, qui déroule logiquement le script attendu, avant une troisième partie plus trash qui peut à elle seule refuser à cette œuvre le statut de comédie — si on y rit encore, c’est avec un arrière-goût très, très amer sur la langue.

Car malgré le point de départ s’y prêtant magnifiquement, La famille Jones évite de s’arrêter à la vague comédie de mœurs et devient par moments féroce, poussant les comportements jusqu’à leur extrême conclusion… Et au passage, on notera un « cut » final absolument irréprochable, presque aussi bien placé que celui d’un Inception — c’est toujours une satisfaction pour moi de me dire « tiens, si le réal a du cran, il va couper là » un quart de seconde avant la fin du dernier plan, satisfaction d’autant plus rare qu’Hollywood a tendance à imposer des épilogues assez standardisés après le moment opportun (phénomène que j’appellerai « complexe Blade Runner« ).

On notera également les excellentes performances des acteurs, avec une mention particulière à David Duchovny, Ben Hollingsworth et Christine Evangelista — cette dernière étant tout à la fois l’occasion de pousser le cynisme publicitaire à l’extrême, grâce à son personnage rebelle qui est, finalement, une cible publicitaire comme les autres.

C’est donc un ensemble solide, qui pèche par un tiers central manquant de nerf, mais qui mérite d’être vu.